—Mais vous-même, pourquoi ne pas lui proposer cette maison si admirablement montée en tout? Que trouverait-il de mieux?

—Pardieu, Edwards, vous êtes un homme d'esprit, ça ne m'étonne pas, mais vous me donnez là une excellente idée; il faut nous adresser à M. le vicomte, il est si bon maître qu'il ne refusera pas de parler pour nous au jeune duc; il lui dira que, partant pour la légation de Gerolstein, où il est attaché, il veut se défaire de tout son établissement. Voyons, cent soixante mille francs pour la maison toute meublée, vingt mille francs pour l'argenterie et les tableaux, cinquante mille francs pour l'écurie et les voitures, ça fait deux cent trente mille francs; c'est une affaire excellente pour un jeune homme qui veut se monter de tout; il dépenserait trois fois cette somme avant de réunir quelque chose d'aussi complètement élégant et choisi que l'ensemble de cet établissement. Car, il faut l'avouer, Edwards, il n'y en a pas un second comme M. le vicomte pour entendre la vie.

—Et les chevaux!

—Et la bonne chère! Godefroi, son cuisinier, sort d'ici cent fois meilleur qu'il n'y est entré; M. le vicomte lui a donné d'excellents conseils, l'a énormément raffiné.

—Par là-dessus on dit que M. le vicomte est si beau joueur!

—Admirable... gagnant de grosses sommes avec encore plus d'indifférence qu'il ne perd... Et pourtant je n'ai jamais vu perdre plus galamment.

—Et les femmes! Boyer, les femmes!!! Ah! vous pourriez en dire long là-dessus, vous qui entrez seul dans les appartements du rez-de-chaussée...

—J'ai mes secrets comme vous avez les vôtres, mon cher.

—Les miens?

—Quand M. le vicomte faisait courir, n'aviez-vous pas aussi vos confidences? Je ne veux pas attaquer la probité des jockeys de vos adversaires... Mais enfin certains bruits...