—Elle est propre, ta vie.
—Elle est superbe! Depuis que je suis ici, je m'amuse comme un roi. S'il y avait eu des lampions et des fusées, on aurait illuminé et tiré des fusées en mon honneur, quand on a su que j'étais le fils du fameux Martial, le guillotiné.
—C'est touchant. Belle parenté!
—Tiens! il y a bien des ducs et des marquis... pourquoi donc que nous n'aurions pas notre noblesse, nous autres? dit le brigand avec une ironie farouche.
—Oui... c'est Charlot[12] qui vous les donne sur la place du Palais, vos lettres de noblesse.
—Bien sûr que ce n'est pas M. le curé; raison de plus; en prison faut être de la noblesse de la haute pègre[13] pour avoir de l'agrément, sans ça on vous regarde comme des riens du tout. Faut voir comme on les arrange, ceux qui ne sont pas nobles de pègre; qui font leur tête... Tenez, il y a ici justement un nommé Germain, un petit jeune homme qui fait le dégoûté et qui a l'air de nous mépriser. Gare à sa peau! C'est un sournois; on le soupçonne d'être un mouton. Si ça est, on lui grignotera le nez... en manière d'avis.
—Germain? Ce jeune homme s'appelle Germain?
—Oui... vous le connaissez? Il est donc de la pègre? Alors, malgré son air colas...
—Je ne le connais pas... mais s'il est le Germain dont j'ai entendu parler, son compte est bon.
—Comment?