—En effet, dit Germain plus rassuré. Mais puisque vous me portiez tant d'intérêt, pourquoi ne m'avez-vous rien dit en entrant dans la prison?

—J'ai tout de suite su le complot qu'on avait fait contre vous, j'aurais pu le dénoncer avant que Pique-Vinaigre eût commencé ou fini son histoire; mais dénoncer même des bandits pareils, ça ne m'allait pas... j'ai mieux aimé ne m'en fier qu'à ma poigne... pour vous arracher des pattes du Squelette. Et puis quand je l'ai vu, ce brigand-là, je me suis dit: «Voilà une fameuse occasion de me rappeler la grêle de coups de poing de M. Rodolphe, auxquels j'ai dû l'honneur de sa connaissance.»

—Mais si tous les détenus avaient pris parti contre vous seul, qu'auriez-vous pu faire?

—Alors j'aurais crié comme un aigle et appelé au secours! Mais ça m'allait mieux de faire ma petite cuisine moi-même, pour pouvoir dire à M. Rodolphe: «Il n'y a que moi qui me suis mêlé de la chose... j'ai défendu et je défendrai votre jeune homme, soyez tranquille.»

À ce moment le gardien rentra brusquement dans la chambre.

—Monsieur Germain, venez vite, vite chez M. le directeur... il veut vous parler à l'instant même. Et vous, Chourineur, mon garçon, descendez à la Fosse-aux-lions... Vous serez prévôt, si cela vous convient; car vous avez tout ce qu'il faut pour remplir ces fonctions... et les détenus ne badineront pas avec un gaillard de votre espèce.

—Ça me va tout de même... autant être capitaine que soldat pendant qu'on y est.

—Refuserez-vous encore ma main? dit cordialement Germain au Chourineur.

—Ma foi non... monsieur Germain, ma foi non; je crois que maintenant je peux me permettre ce plaisir-là, et je vous la serre de bon cœur.

—Nous nous reverrons... car me voici sous votre protection... je n'aurai plus rien à craindre, et de ma cellule je descendrai chaque jour au préau.