Jacques Ferrand continua:

«Un revenu de dix mille francs sera affecté aux frais et à l'administration de la Banque des travailleurs sans ouvrage, dont le directeur à vie sera François Germain, et dont le gardien sera le portier actuel de la maison, nommé Pipelet.

«M. l'abbé Dumont, auquel les fonds nécessaires à la fondation de l'œuvre seront remis, instituera un conseil supérieur de surveillance, composé du maire et du juge de paix de l'arrondissement, qui s'adjoindront les personnes qu'ils jugeront utiles au patronage et à l'extension de la Banque des pauvres; car le fondateur s'estimerait mille fois payé du peu qu'il fait, si quelques personnes charitables concouraient à son œuvre.

«On annoncera l'ouverture de cette banque par tous les moyens de publicité possibles.

«Le fondateur répète, en finissant, qu'il n'a aucun mérite à ce qu'il fait pour ses frères.

«Sa pensée n'est que l'écho de cette pensée divine:

«AIMONS-NOUS LES UNS LES AUTRES.»

—Et votre place sera marquée dans le ciel auprès de celui qui a prononcé ces paroles immortelles, s'écria l'abbé en venant serrer avec effusion les mains de Jacques Ferrand dans les siennes.

Le notaire était debout. Les forces lui manquaient. Sans répondre aux félicitations de l'abbé, il se hâta de lui remettre en bons du Trésor la somme considérable nécessaire à la fondation de cette œuvre et à celle de la rente de Morel le lapidaire.

—J'ose croire, monsieur l'abbé, dit enfin Jacques Ferrand, que vous ne refuserez pas cette nouvelle mission, confiée à votre charité. Du reste, un étranger... nommé Walter Murph... qui m'a donné quelques avis... sur la rédaction de ce projet, allégera quelque peu votre fardeau... et ira aujourd'hui même causer avec vous de la pratique de l'œuvre et se mettre à votre disposition, s'il peut vous être utile. Excepté pour lui, je vous prie donc de me garder le plus profond secret, monsieur l'abbé.