—La Séraphin s'est noyée dans une partie de campagne qu'elle avait été faire avec une de ses parentes.
—Noyée!... Une partie de campagne en hiver!... dit Rodolphe surpris.
—Mon Dieu, oui, monsieur Rodolphe, noyée... Quant à moi, ça m'étonne plus que cela ne m'attriste; car depuis le malheur de cette pauvre Louise, qu'elle avait dénoncée, je la détestais, la Séraphin. Aussi, ma foi, je me dis: «Elle s'est noyée, eh bien! elle s'est noyée, après tout... je n'en mourrai pas...» Voilà mon caractère.
—Et M. Ferrand?
—Le portier me dit d'abord qu'il ne croyait pas que je pourrais voir son maître, et me prie d'attendre dans sa loge; mais au bout d'un moment il revient me chercher; nous traversons la cour et nous entrons dans une chambre au rez-de-chaussée.
«Il n'y avait qu'une mauvaise chandelle pour éclairer. Le notaire était assis au coin d'un feu où fumaillait un restant de tison... Quelle baraque! Je n'avais jamais vu M. Ferrand... Dieu de Dieu, est-il vilain! En voilà encore un qui aurait beau m'offrir le trône de l'Arabie pour faire des traits à Alfred...
—Et le notaire a-t-il paru frappé de la beauté de Cecily?
—Est-ce qu'on peut le savoir avec ses lunettes vertes?... Un vieux sacristain pareil, ça ne doit pas se connaître en femmes. Pourtant, quand nous sommes entrées toutes les deux, il a fait comme un soubresaut sur sa chaise; c'était sans doute l'étonnement de voir le costume alsacien de Cecily; car elle avait (en cent milliards de fois mieux) la tournure d'une de ces marchandes de petits balais, avec ses cotillons courts et ses jolies jambes chaussées de bas bleus à coins rouges: sapristi... quel mollet!... et la cheville si mince!... et le pied si mignon!... Finalement le notaire a eu l'air ahuri en la voyant.
—C'était sans doute la bizarrerie du costume de Cecily qui le frappait?
—Faut croire; mais le moment croustilleux approchait. Heureusement je me suis rappelé la maxime que vous m'avez dite, monsieur Rodolphe; ça a été mon salut.