—Le fait est que vous avez été dans un état désespéré durant deux jours. Pauvre Goualeuse... oui, on peut vous dire cela maintenant... on désespérait de vous.

—Et puis figurez-vous, la Louve, que me voyant sous l'eau... malgré moi je me suis rappelé qu'une méchante femme qui m'avait tourmentée quand j'étais petite me menaçait toujours de me jeter aux poissons. Plus tard elle avait encore voulu me noyer[14]. Alors je me suis dit: «Je n'ai pas de bonheur... c'est une fatalité, je n'y échapperai pas...»

—Pauvre Goualeuse... ç'a été votre dernière idée quand vous vous êtes crue perdue?

—Oh! non... dit Fleur-de-Marie avec exaltation. Quand je me suis sentie mourir... ma dernière pensée a été pour celui que je regarde comme mon Dieu; de même qu'en me sentant renaître, ma première pensée s'est élevée vers lui...

—C'est plaisir de vous faire du bien, à vous... vous n'oubliez pas.

—Oh! non!... c'est si bon de s'endormir avec sa reconnaissance et de s'éveiller avec elle!

—Aussi on se mettrait dans le feu pour vous.

—Bonne Louve... Tenez, je vous assure qu'une des causes qui me rendent heureuse de vivre... c'est l'espoir de vous porter bonheur, d'accomplir ma promesse... vous savez, nos châteaux en Espagne de Saint-Lazare?

—Quant à cela, il y a du temps de reste. Vous voilà sur pied, j'ai fait mes frais... comme dit mon homme.

—Pourvu que M. le comte de Saint-Remy me dise tantôt que le médecin me permet d'écrire à Mme Georges! Elle doit être si inquiète! et peut-être M. Rodolphe aussi! ajouta Fleur-de-Marie en baissant les yeux et en rougissant de nouveau à la pensée de son Dieu. Peut-être ils me croient morte!