—Bon cœur tant que vous voudrez, la Goualeuse; mais que le diable me brûle si je laisse mon homme aider un assassin qui a voulu le tuer! Martial ne dénoncera pas le complot d'évasion, c'est déjà beaucoup... D'ailleurs, maintenant que vous voilà en santé, la Goualeuse, nous allons partir, moi, mon homme et les enfants, pour notre tour de France; nous ne remettrons jamais les pieds à Paris: c'était bien assez pénible à Martial d'être appelé fils du guillotiné. Qu'est-ce que cela serait donc lorsque mère, frère et sœur y auraient passé?

—Vous attendrez au moins que j'aie parlé de vous à M. Rodolphe, si je le revois. Vous êtes revenue au bien, j'ai dit que je vous en ferais récompenser, je veux tenir ma parole. Sans cela comment m'acquitterais-je envers vous? Vous m'avez sauvé la vie... et pendant ma maladie vous m'avez comblée de soins.

—Justement! maintenant j'aurais l'air intéressée, si je vous laissais demander quelque chose pour moi à vos protecteurs. Vous êtes sauvée... je vous répète que j'ai fait mes frais.

—Bonne Louve... rassurez-vous... ce n'est pas vous qui serez intéressée, c'est moi qui serai reconnaissante.

—Écoutez donc! dit tout d'un coup la Louve en se levant, on dirait le bruit d'une voiture. Oui... oui, elle approche; tenez, la voilà; l'avez-vous vu passer devant la grille? Il y a une femme dedans.

—Oh! mon Dieu! s'écria Fleur-de-Marie avec émotion, il m'a semblé reconnaître...

—Qui donc?

—Une jeune et jolie dame que j'ai vue à Saint-Lazare, et qui a été bien bonne pour moi.

—Elle sait donc que vous êtes ici?

—Je l'ignore; mais elle connaît la personne dont je vous parlais toujours, et qui, si elle le veut, et elle le voudra, je l'espère, pourra réaliser nos châteaux en Espagne de la prison.