--Je le crois; mais vous ne me feriez pas le sacrifice de vos folles et mauvaises passions...
--À voir Victorin ainsi respectueux et repentant aux genoux de sa mère,--ai-je dit tout bas à Marion,--penserait-on que c'est là ce général illustre et redouté des ennemis de la Gaule, qui, à vingt-deux ans, a déjà gagné cinq grandes batailles?
--Victoria,--reprit Tétrik de sa voix insinuante et douce,--je suis père aussi et enclin à l'indulgence... De plus, dans mes délassements, je suis poëte, et j'ai écrit une ode à la jeunesse. Comment serais-je sévère?... J'aime tant les vaillantes qualités de notre cher Victorin, que le blâme m'est difficile! Serez-vous donc insensible aux tendres paroles de votre fils?... Sa jeunesse est son seul crime... il vous l'a dit, l'âge le guérira... et son affection pour vous, sa déférence à vos volontés hâteront la guérison...
Au moment où le gouverneur de Gascogne parlait ainsi, un grand tumulte se fit au dehors de la demeure de Victoria; et bientôt on entendit ce cri:
--Aux armes! aux armes!
Victorin et sa mère, près de laquelle il s'était tenu agenouillé, se levèrent brusquement.
--On crie aux armes!--dit vivement le capitaine Marion en prêtant l'oreille.
--Les Franks auront rompu la trêve,--m'écriai-je à mon tour;--hier un de leurs chefs m'avait menacé d'une prochaine attaque contre le camp; je n'avais pas cru à une si prompte résolution.
--On ne rompt jamais une trêve avant son terme, sans notifier celle rupture,--dit Tétrik.
--Les Franks sont des barbares capables de toutes les trahisons,--s'écria Victorin en courant vers la porte.