Elle s'ouvrit devant un officier couvert de poussière, et si haletant qu'il put d'abord à peine parler.

--Vous êtes du poste de l'avant-garde du camp, à quatre lieues d'ici?--dit le jeune général au nouveau venu, car Victorin connaissait tous les officiers de l'armée,--que se passe-t-il?

--Une innombrable quantité de radeaux, chargés de troupes et remorqués par des barques commençaient à paraître vers le milieu du Rhin, lorsque, d'après l'ordre du commandant du poste, je l'ai quitté pour accourir à toute bride vous annoncer cette nouvelle, Victorin... Les hordes franques doivent à cette heure avoir débarqué... Le poste que je quitte, trop faible pour résister à une armée, s'est sans doute replié sur le camp; en le traversant j'ai crié aux armes! Les légions et les cohortes se forment à la hâte.

--C'est la réponse de ces barbares à notre message porté par Scanvoch,--dit la mère des camps à Victorin.

--Que t'ont répondu les Franks?--me demanda le jeune général.

--Néroweg, un des principaux rois de leur armée, a repoussé toute idée de paix,--ai-je dit à Victorin;--ces barbares veulent envahir la Gaule, s'y établir et nous asservir... J'ai menacé leur chef d'une guerre d'extermination; il m'a répondu que le soleil ne se lèverait pas six fois avant qu'il fût venu ici dans notre camp, enlever Victoria la Grande...

--S'ils marchent sur nous, il n'y a pas un instant à perdre!--s'écria Tétrik effrayé en s'adressant au jeune général qui, calme, pensif, les bras croisés sur sa poitrine, réfléchissait en silence,--il faut agir, et promptement agir!

--Avant d'agir,--répondit Victorin toujours méditatif,--il faut penser.

--Mais,--reprit le gouverneur,--si les Franks s'avancent rapidement vers le camp?

--Tant mieux,--dit Victorin avec impatience,--tant mieux, laissons-les s'approcher...