—Pourquoi?—dit joyeusement le guerrier,—parce que Bertchramm et nous, ses hommes, nous allons prendre possession de cette abbaye, que le bon Karl nous a octroyée.
—Karl vous l'a concédée?
—Cela t'étonne?
—J'avais entendu dire dans le pays que Karl avait donné ce monastère et ses biens à un certain Berthoald.
—Tu connais le comte?
—Oui.
—Alors tu connais l'un des guerriers les plus renommés, les plus vaillants parmi les Franks; il est le favori du bon Karl; c'est tout dire, car il ne choisit ses favoris que parmi les fortes épées.
Pendant cet entretien, les autres cavaliers avaient rejoint ceux qui leur servaient d'avant-garde, l'on voyait s'avancer, au loin, plusieurs chariots ou mulets chargés de bagages, et quelques chevaux conduits en main par des esclaves. À la tête du principal groupe marchait Bertchramm, guerrier à barbe grise, et d'une physionomie rude et stupide. Amael fit quelques pas vers le comte; celui-ci arrêta brusquement son cheval, laissa tomber ses rênes, se frotta les yeux comme s'il ne pouvait croire à ce qu'il voyait, et s'écria en contemplant d'un air ébahi le fils de Rosen-Aër:—Berthoald! le comte Berthoald!
—Oui, c'est moi... salut à toi, Bertchramm!
—C'est bien toi?