—Grand-père, je ne souffre presque plus, et, si vous le vouliez, je débarrasserais mon bras de cette gênante écharpe.

—Non, ta blessure pourrait se rouvrir, pas d'imprudence: pense à ta mère, à ta sœur et à son époux, qui te chérit comme un frère.

—Hélas! cette mère, cette sœur, ce frère tant aimés, les reverrai-je un jour?

—Patience,—reprit Amael à voix basse, de façon à ne pas être entendu du guerrier frank qui marchait à ses côtés,—tu reverras peut-être la Bretagne plus tôt que tu ne le crois... patience!

—Il serait vrai!—s'écria impétueusement l'adolescent.—Oh! grand-père, quel bonheur!

Mais le vieillard fit signe à Vortigern de se modérer, et il ajouta tout haut:—Je crains toujours que la fatigue de la route n'enflamme de nouveau ta blessure. Heureusement nous devons approcher du terme de notre voyage, n'est-ce pas, Hildebrad?—ajouta-t-il en se tournant vers le guerrier.

—Avant le coucher du soleil, nous serons à Aix-la-Chapelle,—répondit le Frank.—Sans cette colline que nous allons gravir, tu verrais au loin la ville.

—Va rejoindre ton compagnon, mon enfant,—dit Amael;—surtout replace ton bras dans son écharpe, et conduis ton cheval sagement; des mouvements trop brusques pourraient rouvrir ta plaie, à peine cicatrisée.

L'adolescent obéit, et alla au pas de sa monture rejoindre Octave. Grâce à la mobilité des impressions de la jeunesse, Vortigern se sentit apaisé, réconforté par les paroles de son aïeul, qui lui faisait espérer de revoir bientôt sa famille et son pays; la douceur de cette pensée se réfléchit si visiblement sur ses traits ingénus, qu'Octave lui dit gaiement:—Quel magicien que ton aïeul!... Tu étais parti soucieux et irrité, enfonçant de colère tes éperons dans le ventre de ton cheval... te voici revenu calme comme un évêque sur sa mule!

—Tu l'as dit, Octave, la magie de mon grand-père a chassé ma tristesse.