—Tant mieux! je pourrai, sans crainte de blesser ton chagrin, donner libre cours à ma joie croissante à chaque pas.

—Pourquoi ta joie va-t-elle toujours ainsi croissant?

—Pourquoi le plus piètre cheval prend-il une allure de plus en plus vive et allègre à mesure qu'il approche de la maison où il sait trouver sa provende?

—Octave, je ne te savais pas si glouton.

—Ma figure, en ce cas, est fort trompeuse, car glouton je suis... terriblement glouton de ces délicates friandises que l'on ne trouve qu'à la cour, et qui sont ma provende, à moi!

—Quoi!—dit ingénument Vortigern,—ce grand empereur dont le nom remplit, dit-on, le monde, est entouré d'une cour où l'on ne songe qu'aux friandises...

—Certes,—répondit gravement Octave en contenant difficilement son envie de rire causée par la naïveté du jeune Breton,—certes, et plus que pas un de ses comtes, de ses duks, de ses savants ou de ses évêques, l'empereur Karl se montre glouton des friandises dont je te parle... il en a toujours une chambre remplie à côté de la sienne... parce que la nuit...

—Il se relève pour en manger, peut-être?—s'écria dédaigneusement le jouvenceau, pendant qu'Octave riait aux éclats.—Je ne trouve rien, moi, de plus honteux qu'une pareille goinfrerie chez un homme qui gouverne des hommes!

—Que veux-tu, Vortigern! Il faut pardonner quelques travers aux grands princes, et puis, vois-tu, c'est un défaut qui tient de famille... car les filles de l'empereur...

—Ses filles aussi donnent dans cette laide goinfrerie?