—Je te parle de ta descendance et non de toi; mais qu'importe! biens larronnés, ou si le terme t'effarouche, pouvoir violemment conquis ne profite jamais: les rois franks et leurs leudes, plus tard devenus grands seigneurs bénéficiers, ont, à l'aide des évêques, dépouillé la Gaule, ils se sont partagé son sol et ont réduit ses peuples à l'esclavage. Rois, seigneurs et évêques expieront tôt ou tard leur crime. Ils se dévoreront les uns les autres, jusqu'à ce que...

—Achève, seigneur Breton.

—J'avais pour aïeul un soldat, frère de lait de Victoria la Grande.

—Une héroïne! J'ai lu ce nom dans les historiens latins. Son fils a régné sur la Gaule.

—Oui, sur la Gaule libre, qui l'avait librement élu pour son chef, selon le droit de tout peuple libre. Donc, ce soldat, mon aïeul, a entendu faire à Victoria mourante cette prédiction: «Après des siècles de douleur, d'oppression, de luttes sanglantes, la Gaule, brisant le joug abhorré des rois de race franque et des papes de Rome, se relèvera libre, glorieuse, terrible, et saura reconquérir sur ses anciens conquérants son sol et son indépendance.»

—La prophétie est, je l'avoue, bizarre; d'ailleurs, cette discussion ne saurait aboutir à rien de raisonnable,—répondit l'empereur avec impatience,—il s'agit de l'avenir. Tu prédiras une chose, moi une autre: entre nous, qui décidera?

—Le passé. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

—Laissons l'avenir et le passé, parlons du présent. Que penses-tu de moi?

—Il y a en toi du bon et du mauvais; mais, je le crois, tu t'enorgueillis plutôt de ton mauvais côté que du bon.

—Selon toi, de quoi suis-je le plus glorieux?