—Jusqu'au jour où nous nous révolterons de nouveau contre toi.
—Vous serez écrasés, exterminés, j'en jure Dieu!
—Soit, fais exterminer jusqu'au dernier Gaulois de Bretagne, fais égorger tous les enfants, alors tu pourras régner en paix sur l'Armorique déserte et dépeuplée; mais tant qu'un homme de notre race vivra dans ce pays, tu pourras le vaincre, jamais le soumettre.
—Vieillard, ma domination est-elle donc si terrible?
—Nous ne voulons pas de domination étrangère. Vivre selon la loi de nos pères, élire librement nos chefs, en hommes libres, ne payer de tribut à personne, nous renfermer dans nos frontières et les défendre, tel est notre vœu. Accepte-le, tu n'auras rien à redouter de nous.
—Des conditions, à moi! à moi, qui règne en maître sur l'Europe! Une misérable population de bergers, de bûcherons et de laboureurs m'imposer des conditions, à moi, dont les armes ont conquis le monde!
—Je pourrais te répondre que pour vaincre ce misérable peuple de bergers, de bûcherons et de laboureurs, retranchés au milieu de leurs montagnes, de leurs rochers, de leurs marais et de leurs bois, il t'a fallu envoyer dans la Gaule armoricaine tes vieilles bandes des guerres de Saxe et de Bohême!
—Oui!—s'écria l'empereur avec dépit;—et afin de maintenir ton maudit pays en obéissance, il me faut y laisser mes troupes d'élite, qui d'un moment à l'autre me feront faute en Germanie!
—Ceci est pour toi déplaisant, Karl, j'en conviens, et sans parler des invasions maritimes des North-mans, les Bohémiens, les Hongrois, les Bavarois, les Lombards et autres peuples conquis par tes armes sont, comme les Bretons, vaincus, mais non soumis; d'un moment à l'autre, ils peuvent se soulever de nouveau, et, chose grave, menacer le cœur de ton empire. Nous autres, au contraire, nous ne demandons qu'à vivre libres et en paix, sans sortir de nos frontières.
—Et qui me le garantira? Qui me dit qu'une fois mes troupes hors de ton infernal pays, vous ne recommencerez pas vos excursions, vos attaques contre les troupes franques cantonnées en dehors de vos limites?