—Donc il est permis de déshonorer la fille d'un esclave? et le déshonneur de la fille d'un empereur est puni de mort? Toutes deux pourtant sont des créatures de Dieu, égales à ses yeux.

—Vieillard, ces paroles sont insensées!

—Et tu te dis chrétien! et tu nous traites de païens! Mon petit-fils s'est conduit en honnête homme, rien de plus. L'honneur nous est cher, à nous autres Gaulois de cette vieille Armorique qui a pour devise: Jamais Breton ne fit trahison. Un dernier mot: Veux-tu m'accorder une grâce? je t'en saurai gré.

—Parle.

—Tantôt, je t'ai vu frappé de la beauté d'une pauvre fille esclave; tu songes à faire d'elle une de tes concubines d'un moment; sois généreux pour cette malheureuse créature, ne la corromps pas; rends-lui la liberté, à elle et à sa famille; donne à ces gens le moyen de vivre laborieusement, mais honnêtement.

—Il en sera ainsi, foi de Karl, je te le promets. Tu n'as rien de plus à me demander?

—Rien.

—Écoute à ton tour. Tantôt tu m'as, au nom de ton peuple, dit ceci: Karl, retire tes troupes de notre pays, et j'engage la foi bretonne que durant ta vie, nous ne sortirons pas de nos frontières.

—Oui, cette offre, je te l'ai faite: je te la fais encore.

—Je l'accepte.