—Tu agis en homme sage. Sois fidèle à ta foi, nous serons fidèles à la nôtre.
—Ta main, Amael... ta main loyale.
—La voici, Karl, et qu'elle soit la main d'un traître si notre peuple parjure sa promesse! Nous vivrons en paix avec toi; si tes descendants respectent nos libertés, nous vivrons en paix avec eux.
—Amael, c'est dit et juré.
—Karl, c'est dit et juré.
—Maintenant, toi et ton petit-fils, au lieu de retourner à Aix-la-Chapelle, vous passerez la nuit dans le pavillon de la forêt; demain, au point du jour, je vous enverrai vos bagages et une escorte chargée de vous accompagner jusqu'aux frontières de l'Armorique, et vous vous mettrez en route sans retard.
—Tu peux y compter.
—Je vais retourner au pavillon, seul avec ma fille, lui promettant, afin de ne pas la désespérer, que demain elle verra Vortigern. Je dirai à mes courtisans que je l'ai trouvée seule dans cette hutte: hélas! les médisances des cours sont cruelles; on n'y croit guère à l'innocence, et si l'on savait que Thétralde a passé une partie de la nuit dans ce réduit avec ton petit-fils, on dirait déjà d'elle ce qu'on dit de ses sœurs!—Et portant sa main à ses yeux humides, l'empereur des Franks ajouta douloureusement:—Ah! mon cœur de père saigne souvent; j'ai trop aimé mes filles, j'ai été trop indulgent! Et puis mes guerres continuelles au dehors de mon royaume, les affaires de l'État m'empêchaient de veiller sur mes enfants. Cependant, en mon absence, je les laissais aux mains des prêtres! elles ne manquaient pas un office et brodaient des chasubles pour les évêques! Enfin, le Seigneur Dieu, qui m'a toujours été secourable en toutes choses, a voulu me frapper dans ma famille, que sa volonté soit faite! Je suis un malheureux père!—Et appelant le jeune Romain, il lui dit d'une voix redoutable:—Octave, personne... tu m'entends, personne... ne doit savoir que ma fille a passé une partie de la nuit dans cette cabane avec ce jeune homme, car la malignité n'épargne pas même ce qu'il y a de plus chaste, de plus respectable au monde. Le secret de cette nuit n'est connu que de moi, de ma fille et de ces deux Bretons; je suis aussi certain de leur discrétion que de la mienne et de celle de Thétralde. Rappelle-toi ceci: tu es perdu si un seul mot de cette aventure circule à la cour; en ce cas, toi seul aurais parlé; si, au contraire, tu me gardes le secret, tu peux compter sur ma faveur croissante.
—Auguste empereur, ce secret, je l'emporterai dans la tombe.
—J'y compte: amène mon cheval et celui de ma fille; tu vas nous accompagner au pavillon de chasse, puis à Aix-la-Chapelle; tu commanderas l'escorte que je donne à ces deux otages pour retourner en leur pays; je te remettrai un ordre pour le commandant de mon armée en Bretagne. Demain, au point du jour, tu te rendras au pavillon de la forêt avec l'escorte, et vous partirez aussitôt pour l'Armorique.