Le vieil orfévre en était là de son récit, lorsque la porte de l'atelier s'ouvrit, et deux nouveaux personnages entrèrent: l'un était le seigneur Ricarik, intendant de l'abbaye, Frank à figure basse et dure; l'autre était Septimine la Coliberte, de qui Berthoald, plusieurs jours auparavant, avait demandé et obtenu la liberté, ainsi que celle de sa famille. Depuis son départ de l'abbaye de Saint-Saturnin, la pauvre enfant était presque méconnaissable, tant elle avait souffert et pleuré; elle suivait l'intendant silencieuse et confuse.
—Notre sainte dame l'abbesse Méroflède t'envoie cette esclave,—dit Ricarik au vieil orfévre en lui désignant du geste Septimine, qui, honteuse de se trouver parmi ces jeunes gens, n'osait lever les yeux.—Méroflède l'a achetée hier au juif Mardochée... Il faut que tu apprennes à cette fille à nettoyer les bijoux; notre sainte abbesse la conservera près d'elle pour cet emploi. Il faut que dans un mois, au plus tard, cette esclave soit dressée à ce service, sinon elle sera châtiée et toi aussi.
À ces mots, la Coliberte tressaillit, et pour la première fois elle osa lever les yeux sur le vieillard, qui, s'approchant d'elle, lui dit avec bonté:—Ne craignez rien, mon enfant; avec un peu de bon vouloir de votre part nous pourrons satisfaire aux désirs de notre sainte abbesse. Vous travaillerez là, près de moi, et je vous donnerai tous mes soins...
Pour la première fois, depuis longtemps, les traits de la jeune fille exprimèrent d'autres sentiments que ceux de la crainte et du chagrin. Elle leva timidement les yeux sur Bonaïk, et, frappée de la douceur de ses traits vénérables, elle lui dit avec l'accent d'une profonde reconnaissance:—Oh! merci, bon père! merci! d'avoir ainsi pitié de moi.
Tandis que les apprentis échangeaient à voix basse quelques remarques sur la beauté de leur nouvelle compagne de travail, Ricarik, qui portait sous son bras un coffret, dit au vieillard:—Je t'apporte de l'or et de l'argent pour fabriquer la ceinture que tu sais, ainsi que le vase de forme grecque; notre dame Méroflède est impatiente de posséder ces deux objets.
—Ricarik, je vous l'ai dit, ce que vous m'avez déjà apporté, soit en morceaux, soit en sous d'or et d'argent, ne suffit point; tout est là dans le coffre de fer, dont, ainsi que moi, vous avez la clef. Il faudrait de plus, pour parfaire une de ces belles ceintures d'or, pareille à celles que j'ai vu fabriquer dans les ateliers fondés par l'illustre Éloi, il faudrait une vingtaine de perles et pierreries.
—J'ai ici dans ce sac et cette cassette autant d'or, d'argent et de pierreries qu'il t'en faudra... tiens...—Et Ricardik versa d'abord sur l'établi du vieil orfévre le contenu d'un sac de sous d'argent, puis il tira de la cassette un assez grand nombre de sous d'or, plusieurs lames, aussi d'or, bossuées, comme si elles eussent été arrachées de l'endroit qu'elles ornaient, et enfin, un reliquaire d'or enrichi de pierreries.—Auras-tu ainsi suffisamment d'or et de pierreries?
—Je le crois; ces pierreries sont superbes... ce reliquaire est orné de rubis sans pareils.
—Ce reliquaire, donné à notre sainte abbesse, contient un pouce de Saint-Loup.
—Ricarik, lorsque j'aurai déchâssé les rubis et fondu l'or du reliquaire, que ferai-je du pouce?