—Eh bien! vous savez... Lancry est arrivé d'Angleterre... Je viens de le voir... Il est plus brillant que jamais...
—Vraiment! il est de retour?...—reprit l'autre personne.—La duchesse de Richeville doit être bien joyeuse, car elle avait été plus que triste de son départ... Pauvre femme!...
A un mouvement assez brusque de M. de Versac pour nous frayer un passage dans la foule, je compris qu'il voulait distraire mon attention de cet entretien, qu'il n'était pas convenable que j'entendisse, et dont M. Gontran de Lancry, son neveu, était le héros.
Je n'attachai alors aucune importance à cet incident, et je suivis M. de Versac. Avant d'arriver au bal, il me semblait que tout devait m'embarrasser: mon maintien, ma démarche, mon regard; mais ma première émotion passée, une fois au milieu de cette société à laquelle j'appartenais, je me sentis non pas rassurée, mais, pour ainsi dire, placée au milieu des miens.
L'on n'est presque jamais gêné ou intimidé que lorsqu'on aborde une sphère au-dessus de celle à laquelle on appartient. Je recouvrai bientôt toute ma liberté d'observation.
En entrant dans la galerie où l'on dansait, je fus presque éblouie de l'éclat, de la magnificence des toilettes. Madame de Mirecourt, amie de ma tante, et qui chaperonnait une jeune femme récemment mariée, offrit de nous ménager une place auprès d'elle. Mademoiselle de Maran accepta; Ursule et moi nous nous assîmes entre madame de Mirecourt et ma tante.
M. de Versac nous quitta pour aller chercher son neveu, qu'il voulait nous présenter.
—Eh bien!—dis-je tout bas à ma cousine,—ce n'est pas si effrayant, après tout; es-tu un peu rassurée?
—Non,—me dit Ursule,—je ne puis vaincre mon émotion; je tremble; c'est à peine si je vois ce qui se passe autour de moi.
—Moi, je vois fort bien,—lui dis-je gaiement; et, pour lui donner un peu de courage, j'ajoutai:—J'avoue que je trouve ce coup d'œil charmant. Quel dommage que tu ne puisses pas en jouir! Décidément, c'est une bien jolie chose qu'un bal.