—M. le vicomte ne doit revenir que demain soir, ainsi qu'il a dû sans doute l'écrire à madame dans cette lettre.
Très-inquiète de l'absence de M. de Lancry, je pris la lettre que m'offrait cette femme; j'y lus ces mots:
«Ne vous tourmentez pas, ma chère Mathilde, je pars à l'instant pour profiter d'une très-heureuse circonstance qui me met à même de tout terminer, et de pouvoir désormais ne penser qu'à votre bonheur. Courage! ma tendre et généreuse amie, nos mauvais jours sont finis... Attendez-moi, demain soir au plus tard je reviendrai; si la maison vous plaît, nous y resterons jusqu'à ce que nous puissions aller nous établir à votre château de Maran. Adieu! consolation, espoir de ma vie, pardonnez-moi les chagrins que je vous ai causés, et aimez-moi un peu.»
Quoique ce nouveau départ me contrariât beaucoup, je m'y résignai sans trop de chagrin, en songeant que le lendemain je reverrais M. de Lancry. D'ailleurs quelle joie pour moi! Gontran réalisait mes secrètes espérances, il me promenait de vivre seul avec moi dans cette retraite.
J'étais depuis quelque temps témoin d'événements si mystérieux que je ne pouvais m'étonner de cette nouvelle et soudaine absence.
—N'est-il pas venu dans la soirée un homme à cheval apporter à M. de Lancry des nouvelles très-pressées?—demandai-je à cette femme.
—Non, madame, je n'ai vu personne.
—Appelez Fritz à l'instant,—lui dis-je au comble de l'étonnement.
—M. le vicomte a donné ordre à Fritz de reconduire la voiture à Chantilly avec les chevaux, madame, car il n'y a pas de place ici pour la remiser; il est déjà parti, il n'est pas seulement entré dans la maison.
—Comment! ce soir, un homme à cheval n'est pas arrivé de Paris?