—Seigneur, mon Dieu! ayez pitié de moi!—m'écriai-je en tombant à genoux sur un fauteuil, et j'adressai au ciel une prière fervente.
M. Lugarto feuilleta son portefeuille, y prit quelques papiers, et me dit en me les montrant:
—Voici qui va bien vous étonner... Mais procédons par ordre.
Encouragée par la pieuse invocation que je venais d'adresser à Dieu, je me relevai, je restai debout, je jetai un regard assuré sur M. Lugarto, et je lui dis:
—Il y a un Dieu au ciel et j'ai des amis sur cette terre.
—Sans doute; moi d'abord... Mais... si vous comptez aussi sur M. de Mortagne, vous avez tort; sa voiture s'est brisée à la descente de Luzarches. Il est resté sur la place, à demi mort.
—Il était donc vrai!... cette voiture qui nous poursuivait...
—C'était la sienne... Oh! Fritz est un homme précieux... Je savais bien ce que je faisais en ordonnant à votre mari de le prendre...
Un moment atterrée par cette fatale nouvelle, je repris bientôt espoir en pensant que M. Lugarto ne pouvait être instruit du sort de M. de Mortagne.
—Vous mentez, monsieur,—m'écriai-je.—En admettant ce funeste événement, vous n'avez pu avoir aucun détail sur l'état de M. de Mortagne; Fritz ne m'a pas quittée.