Sa figure si caractérisée avait une expression d'attendrissement inexprimable. Malgré lui, il pleura. Je ne saurais dire combien je fus profondément touchée en voyant couler les larmes de cet homme si énergique et si résolu.
—Mon Dieu! qu'avez-vous, mon ami?—m'écriai-je, sans pouvoir non plus retenir mes larmes.
—Je ne vous vois pas encore heureuse pour l'avenir... Pauvre enfant... votre mari est délivré d'une épouvantable domination, votre fortune est rétablie... M. de Lancry a des torts cruels à se faire pardonner, et le repentir doit rendre meilleures encore les âmes naturellement bonnes... Pourtant je crains, je ne suis pas rassuré...
—Ce sont de vaines terreurs, mon ami... votre affection pour moi s'alarme à tort... croyez-moi.
—Hélas! je voudrais me tromper,—me dit M. de Mortagne en secouant tristement la tête.
—A propos,—lui dis-je,—cette somme considérable que vous avez remboursée pour nous... il est entendu, n'est-ce pas, que nous vous la rendrons?
—Écoutez, Mathilde, j'ai environ soixante mille livres de rente; pendant les années que mademoiselle de Maran m'a fait passer sous les Plombs de Venise, j'ai fait des économies forcées; j'ai peu de besoins, j'emploie presque tout mon revenu à soulager de nobles et obscures infortune; je n'aurai pas d'autres héritiers que vous, cette somme est donc une avance d'hoirie.
—Mon ami! pourtant...
—Écoutez-moi encore, votre contrat de mariage a été si déloyalement fait, que vous, qui apportez toute la fortune dans la communauté, vous n'avez droit à aucune réserve: votre mari peut vous dépouiller ou vous ruiner complétement. Heureusement je suis là... ma fortune garantit votre avenir.
—Mon ami... n'ayez pas ces craintes; je vous assure que Gontran est revenu de ses goûts de faste... il ne joue plus...