Bientôt j'oubliai presque complétement les douloureuses agitations que j'y avais ressenties, pour ne songer qu'au bonheur de me retrouver enfin seule avec mon mari.

Je me faisais une joie de ce voyage en me rappelant les tendres paroles, les prévenances délicates dont Gontran m'avait comblée, lorsqu'après mon mariage nous étions partis pour Chantilly.

Je trouvais une grande ressemblance entre ces deux époques de ma vie. Cette fois aussi je partais seule avec Gontran pour un long séjour au milieu d'une riante et paisible solitude.

Cette impression de bonheur fut si profonde, cet espoir fut si radieux, qu'il domina tontes mes autres pensées.

J'attendais avec impatience le premier mot de Gontran.

Depuis notre départ du Rouvray, il était silencieux.

Je trouvais mille raisons dans mon cœur pour que ce premier mot fût rempli de grâce et de bonté. Je me disais presque avec satisfaction que mon mari avait quelques torts à se reprocher envers moi, et qu'il allait les expier par ces douces flatteries, ces attentions exquises dont il avait le secret.

Tout à coup M. de Lancry bâilla deux fois assez haut, appuya sa tête sur l'un des accotoirs de la voiture et s'endormit profondément sans me dire une parole...

Cette indifférence me fit d'abord un mal affreux. Je ne pus retenir quelques larmes en me souvenant des ravissantes tendresses que Gontran m'avait prodiguées dans notre premier voyage.

Je me demandai avec douleur en quoi j'avais démérité. Ne devais-je pas au contraire lui être plus chère encore? n'avais-je pas déjà bien souffert pour lui?