CHAPITRE XII.
LA VIE DE CHATEAU.
Quelque temps après notre arrivée à Maran, je me sentis faible, souffrante; je restais quelquefois pendant une heure accablée par un malaise inconnu.
Bientôt je reconnus que je m'étais fait une grande illusion en espérant que Gontran reviendrait pour moi ce qu'il avait été pendant le premier mois de notre mariage; son caractère semblait s'aigrir dans la solitude. Pourtant la vie qu'il menait pour lui semblait lui plaire.
Souvent, en ma présence, il paraissait pensif, absorbé: tantôt je me persuadais qu'il pensait à Ursule; tantôt, qu'il regrettait malgré lui les chagrins que son indifférence me causait.
Si je l'interrompais au milieu de ses réflexions, il me répondait avec aigreur, ou se levait avec impatience sans dire une parole, comme si je l'avais distrait d'une chère et douce rêverie.
Ce qui me donnait pourtant quelquefois une lueur d'espoir, c'était le brusque changement de mon mari à mon égard. Un refroidissement successif m'eût effrayée davantage, il eût été plus naturel.
Ce fut un jour fatal que celui où j'eus la conviction que Gontran ne m'aimait plus d'amour; dès lors il ne crut même plus nécessaire de garder envers moi ces formes de bonne compagnie, ce respect des bienséances que tout homme doit aux femmes, même à la sienne.
Dès lors plus de douces prévenances, plus d'épanchements de cœur, rien qui prouvât en lui le désir ou le besoin de me plaire.