Quelques mots sur la nouvelle existence que menait Gontran sont indispensables.

Depuis notre établissement à Maran, il avait fait venir des chiens et des chevaux de chasse d'Angleterre. Il avait loué une des forêts de l'État qui touchait à nos propriétés, il y chassait trois fois par semaine à courre, trois fois à tir. Il se reposait le dimanche, c'était le seul jour qu'il passait près de moi.

Habituellement, il partait après déjeuner, je ne le revoyais que le soir au retour de la chasse. Nous nous mettions à table, il dînait longuement, me parlait peu, buvait souvent trop pour sa raison, et, l'avouerai-je, hélas! il lui fallut quelquefois l'aide d'un de nos gens pour regagner son appartement, qui était contigu au mien...

J'avais toujours vu mon mari d'une recherche, d'une élégance extrême; seul avec moi, il se négligeait comme à plaisir. Il ne semblait vivre que pour la chasse et pour la bonne chère.

O! honte! ô profanation! Quant à moi, je n'étais plus pour lui qu'une des conditions de sa vie grossière et sensuelle.

Longtemps je souffris en silence de cet abandon, de ce changement dans ses manières, qui, au moins, jusqu'alors, avaient toujours été parfaites.

Cette existence solitaire sur laquelle j'avais fondé tant d'espérances s'écoulait pour moi morne, flétrie, décolorée.

Selon mon habitude, je concentrai mon chagrin jusqu'à ce qu'il débordât; le jour arriva où je ne pus souffrir davantage.

Je me décidai à parler, à tout dire à Gontran.

C'était un samedi; il avait fait un vent violent pendant presque toute la journée; sans doute la chasse de Gontran avait été mauvaise, car le soir, lorsqu'il rentra au château, ses piqueurs ne sonnèrent pas leurs fanfares accoutumées.