Je le savais par expérience, ces jours-là mon mari avait de l'humeur; j'allai craintive à sa rencontre; mon cœur se serra lorsque j'entendis résonner ses grosses bottes éperonnées sur les dalles de l'escalier.
—Votre chasse n'a pas été heureuse, mon ami?—lui dis-je.
—Non; je suis harassé,—me dit-il, et il entra dans un petit salon où je me tenais de préférence, parce que ma mère l'avait occupé.
M. de Lancry se jeta sur un canapé, l'air soucieux et contrarié, sans me dire un seul mot.
En le voyant ainsi avec ses vêtements couverts de boue, sa barbe longue, ses cheveux en désordre, qui s'échappaient de sa cape de chasse qu'il gardait sur sa tête, je pouvais à peine le reconnaître, lui que j'avais toujours vu d'une si exquise élégance.
—Sonnez donc, ma chère, qu'on nous fasse dîner le plus tôt possible, j'ai très-faim,—dit Gontran en se retournant sur le canapé; puis, attirant du bout de son pied une petite chaise de tapisserie, il y allongea ses bottes couvertes de fange.
—Ah! m'écriai-je en courant à lui,—grâce pour cette chaise, elle a été brodée par ma mère; prenez un autre tabouret, je vous en prie.
Gontran haussa les épaules, s'établit sur un autre siége, et me dit:
—Mon Dieu! que vous êtes donc singulière avec vos affectations! je vous demande un peu ce que cela fait à la mémoire de votre mère que je mette ou non mes pieds sur cette chaise?
—Je m'étonne, mon ami, que vous ne compreniez pas le culte du passé... il est souvent la seule consolation des jours présents.