Et cet homme d'un caractère si dur et si entier versa de nouveau des larmes.
Cette honteuse faiblesse m'indigna plus qu'elle ne me toucha.
—Que faire!—lui dis-je,—que faire! vous me le demandez? A voir votre accablement, vos impuissants regrets, votre facile résignation à un penchant criminel, ne dirait-on pas que vous êtes invinciblement forcé à agir comme vous agissez!
—Je vous dis que cette influence est irrésistible, Mathilde...
—Je vous dis, moi, que ce sont de lâches excuses! Que faire, dites-vous? Il faut vous conduire enfin en honnête homme, en homme de cœur! Écoutez-moi, Gontran: je ne suis plus aveuglée sur vous; le moment est venu de vous parler avec une rude franchise: mon avenir et le vôtre, celui de notre enfant, dépendent de la résolution que vous allez prendre aujourd'hui! Vous m'avez épousée sans amour, vous avez commis une action qui touche au déshonneur, vous m'avez jusqu'ici rendue la plus malheureuse des femmes, vous nourrissez une passion misérable...
—Encore des reproches... ayez donc pitié de moi à votre tour, Mathilde!
—Si je vous rappelle ce triste passé, c'est pour bien établir votre position et la mienne, et répondre à votre question... Que faire? je vais vous le dire... moi... Aujourd'hui, au moment où nous parlons, il dépend encore de vous d'avoir une vie heureuse et honorée, demain peut-être il serait trop tard.
—Eh bien, oui! éclairez-moi, consolez-moi... venez à mon aide... Mathilde, vous ne pouvez avoir que de nobles inspirations, je les suivrai.
—Vous êtes jeune, courageux, vous avez de l'esprit, vous êtes riche; vous êtes assez heureux pour que la preuve d'une fatale action, qui pouvait vous déshonorer, soit anéantie; vous êtes assez heureux pour que le vrai et le faux soient tellement confondus dans les calomnies du monde, que les honnêtes gens hésiteront à se prononcer contre vous: changez de vie, devenez utile, faites compter avec vous, et l'opinion du monde vous reviendra.
—Mais, encore... comment... par quels moyens?