—Oh! mon Dieu!—répondis-je le plus indifféremment qu'il me fut possible,—voici ce dont il s'agit. Hier M. de Lancry me parlait d'un fils naturel d'un souverain du Nord qui vient d'arriver à Paris; il est fort beau, fort riche; il a, dit-on, le meilleur caractère et les plus charmantes manières du monde. Il sera nécessairement présenté chez madame de Richeville; or, si par hasard il plaisait à Emma, et qu'il fût digne de ce trésor... il me semble que ce serait une excellente occasion de marier cette chère enfant... Ne le pensez-vous pas?

Je l'avoue, je fis ce mensonge avec une assurance qui me surprit.

M. de Rochegune parut frappé de ces paroles et me répondit avec un certain embarras:

—Vous ne croyez pas qu'Emma ait jusqu'ici manifesté... aucune préférence?

—Tant que j'ai habité avec elle et avec sa mère, je n'ai rien remarqué de semblable,—lui dis-je.—Et vous-même... à cette époque?

—Oh! alors, non; certainement... non,—reprit-il.

Il y eut dans ce mot un accent de conviction qui me fut bien précieux.

—Et depuis quelque temps, Mathilde, n'avez-vous rien trouvé de singulier dans la conduite d'Emma?

—Rien... absolument rien... mon ami... Mais, vous le savez, malheureusement pour moi, je vois maintenant beaucoup moins madame de Richeville... Vous seriez-vous donc aperçu qu'Emma eût quelque préférence?—demandai-je d'un air étonné.

M. de Rochegune parut faire un violent effort sur lui-même et me dit: