—Mathilde,—me dit-elle d'une voix affaiblie,—vous êtes bien généreuse... je m'y attendais... Je voudrais rester seule quelques instants avec vous...
—Encore! encore!!—s'écria son mari, qui s'était jeté à genoux auprès d'elle en sanglotant.—Non, non, je ne veux plus te quitter maintenant!
Ursule tourna vers lui ses yeux suppliants.
—Ah! son regard... son doux et beau regard!—s'écria M. Sécherin en contemplant sa femme avec une angoisse déchirante;—le voilà... quoique mourant... je le reconnais... C'est comme cela qu'elle me regardait autrefois... Je la retrouve... et elle meurt!... elle meurt!...
—Je vous en prie, mon ami, laissez-moi quelques instants avec Mathilde... Mes derniers moments seront à vous... pour vous demander pardon... comme à elle... du mal que je vous ai fait... comme à elle...
—Mon cousin... je vous en supplie,—lui dis-je.—Je n'ai plus le temps de vous faire beaucoup de demandes,—reprit Ursule en tâchant de sourire à son mari...—Par grâce, ne me refusez pas celle-là.
Il se leva brusquement et sortit en cachant sa figure dans ses mains.
—Mathilde...—me dit Ursule avec un pénible effort en me donnant une clef,—dans le secrétaire de ma chambre, vous trouverez une enveloppe remplie de papiers... de lettres... Je désire que tout soit brûlé. Cette découverte eût encore désolé après moi l'excellent homme que j'ai si indignement outragé... L'effet de ce poison a été trop rapide... je n'ai pu moi-même prendre ce soin avant l'arrivée de mon mari...
—Vos désirs seront exécutés,—lui dis-je en détournant la tête pour qu'elle ne vît pas mes larmes.
—Mathilde,—me dit-elle après un moment de silence,—je meurs pour M. de Rochegune... Je puis vous dire cela sans vous blesser... puisque vous ne l'aimez plus.