Dernier trait du caractère de M. de Brévannes.
Depuis quatre ans il était marié. Berthe, plus aimante, plus résignée que jamais, ne lui avait pas donné le moindre sujet de plainte. Quoiqu'il lui eût fait ouvertement des infidélités fréquentes, quelquefois donné des rivales du plus bas étage... la malheureuse femme avait secrètement versé des larmes amères, mais ne s'était jamais plainte.
Malgré cette patience, malgré cette douceur parfaite, M. de Brévannes se livrait quelquefois à d'inconcevables soupçons de jalousie, et cela sous le prétexte le plus frivole.
Cette violente jalousie n'était pas une preuve de l'amour de M. de Brévannes. S'il entrait en fureur à la seule pensée (complètement fausse et injuste) que sa femme pouvait lui être infidèle, c'était surtout parce que la faute de Berthe aurait couvert (pensait-il) d'un ridicule ineffaçable ce mariage d'inclination auquel il avait tant sacrifié. M. de Brévannes voulait au moins pouvoir se vanter de la conduite irréprochable, exemplaire, de la femme pauvre et obscure qu'il avait choisie.
Après dix-huit mois de mariage, M. de Brévannes, s'ennuyant beaucoup de son bonheur, avait été faire en Italie un voyage de quelques mois, laissant sa femme sous la protection de Pierre Raimond, dont il reconnaissait d'ailleurs l'austère moralité. Le vieux graveur n'avait jamais voulu consentir à venir habiter avec sa fille chez M. de Brévannes pendant l'absence de son mari. Berthe alla s'établir auprès de son père dans l'île Saint-Louis, et reprendre, rue Poultier, sa petite chambre de jeune fille.
Depuis ce voyage d'Italie, où il avait connu madame de Hansfeld, ainsi qu'on le verra plus tard, l'humeur de M. de Brévannes s'était beaucoup aigrie; son caractère était devenu sombre, irascible, souvent même d'une dureté cruelle, et Berthe en avait quelquefois douloureusement souffert. Ces préliminaires établis, nous suivrons M. de Brévannes chez lui à son retour du bal de l'Opéra, où il avait été si malignement intrigué par madame Beauvoisis (le domino du coffre).
CHAPITRE VII.
MADAME DE BRÉVANNES.
La maison dont M. de Brévannes occupait le premier étage était située rue Saint-Florentin. Fort indifférent aux jouissances et aux recherches délicates du chez soi, il avait chargé un tapissier de le meubler richement; grâce à cette latitude laissée au marchand, ce logis avait complétement l'aspect de ce qu'on appelle un bel appartement garni, c'est-à-dire l'aspect le plus banal, le plus triste, le plus froid qu'on puisse imaginer. Rien de particulier, rien de personnel, rien qui trahît un goût, une passion: pas un portrait, pas un tableau, pas un objet d'art. La seule pièce de ce vaste appartement qui n'eût pas un aspect vulgaire et glacial, était un petit salon où Berthe se tenait habituellement.