Le 4. — Ces Mémoires d’Andryane, qu’on m’a faits si intéressants, ne m’intéressent pas encore au second volume. Peut-être est-ce ma faute, et suis-je difficile à l’impression. Je trouve ces récits de prison languissants, ces chaînes beaucoup trop traînantes ; mais j’irai au bout. Dans tout livre il y a quelque chose de bon ; c’est une poudre d’or semée partout, suivant ton expression, mieux appliquée peut-être qu’à présent. Je l’ai vu cet Andryane, l’Adonis des républicains ; je l’ai lu et ne lui ai trouvé encore rien de plus beau que son visage.
Je passe presque tout mon temps à lire, quand nous ne causons pas avec Marie ; mais même en causant et s’aimant beaucoup, la solitude est trop déserte, trop vide à deux femmes seules. Les livres donc, les livres ! Ils rendent service, ils sont utiles ; quoi que dise ton ami, je ne voudrais pas les brûler. Ceci me rappelle le soir du fanatisme, hélas ! si loin.
Heureuse enfant ! Voilà Valentine qui entre ravie de me porter un hanneton. Ce sont cris et transports de joie à faire plaisir, à me faire penser à cet âge, à ces bonheurs perdus. Que d’élans faits pour un grillon, pour un brin d’herbe !
Le 8. — Ce qu’il y a de bon dans les Mémoires d’Andryane, c’est le triomphe de l’âme sur l’adversité, ce sont ces chaînes portées noblement, c’est le chrétien au cachot, puisant en Dieu dignité et force ; profession de foi développée avec esprit et sentiment ; puis le journal de sa sœur plein d’intérêt, plein de larmes. Il y a dans ce livre de quoi attacher et faire du bien.
Attente de lettres, et point de lettres, ni pour Marie ni pour moi ; ce qui fait nuage au cœur des deux amies, qui voient tout ensemble. Écrit à toi, commencé une robe et lu les premières pages de la Physiologie des passions ; début qui me plaît.
Le 9. — Écrit à Mgr de Nevers : lettre qui m’ennuyait d’abord et dont j’ai plaisir à présent, parce que j’ai fait plaisir à quelqu’un. L’Ascension aujourd’hui, une de ces fêtes radieuses de l’Église qui soulèvent l’âme chrétienne vers un monde de joies inconnues, vers le lieu où saint Paul a vu ce que l’œil n’a point vu. Mon ami, y serons-nous un jour, toi, moi, tous ceux que nous aimons ? Grande et terrible question ! Et si cela n’est pas, nous aurons tout perdu, et la vie n’aura été qu’une illusion ! Malheur dont Dieu nous préserve !
Une lettre de Caro, la chère sœur, qui me parle de toi ; mais pas assez, mais sans détails, sans intime, sans cela qui fait voir ce qu’on ne voit pas, et que fait M. d’Aurevilly. De toutes les lettres aussi les siennes sont les préférées, pleines de toi, et d’un dire qui les rend charmantes.