Le 10. — La lettre de Caro m’a laissé des soucis, des inquiétudes sur cette faiblesse qui t’empêchait un matin de te soulever, de te chausser. Que c’est de mauvaise note, mon Dieu, et qu’il me tarde que notre ami m’envoie son bulletin ! Je saurai alors ce qui en est de cette chère santé. Le bien, le mal me sont rendus avec détail et précision. Je te vois jusque dans tes veines. Reconnaissance à lui, à l’ami dévoué à mes inquiétudes !
Le 11. — Si je pouvais croire au bonheur, a dit M. de Chateaubriand, je le placerais dans l’habitude, l’uniforme habitude qui lie au jour le jour et rend presque insensible la transition d’une heure à l’autre, d’une chose à une autre chose, qui se fait voir venir de loin et arrive sans choc pour l’âme. Il y a repos dans cette vie mesurée, dans cet arrangement, dans cet enchaînement de devoirs, d’études, de chants, de prières, de délassements que s’imposent les religieux, qui leur reviennent successivement comme les anneaux d’une chaîne tournante. Ils n’attendent pas ou ils savent ce qu’ils attendent, ces hommes d’habitude, et voilà l’inquiétude, l’agitation, le chercher de moins pour ces âmes. Bonheur sans doute de M. Chateaubriand, et de celui qui disait avec trop de mollesse : « Il me semble que, sur le duvet de mes habitudes, je n’ai pas le besoin de me donner la peine de vivre. » De tout cela je conclus qu’il est bon de savoir ce que l’on veut faire. Marie, à imagination flottante, papillonnante, n’aime pas l’uniformité et ne comprend pas que je l’aime. C’est cependant vrai, et j’éprouve contradiction, malaise de ne pas faire les choses suivant leur temps et leur ordre. C’est que sans ordre la vie est un pêle-mêle d’où ne sort rien de beau, tant au-dedans qu’au dehors. L’harmonie a tant de charmes ! et ce n’est que l’accord de choses qui s’appellent et se suivent.
La Bulle de Savon, conte oriental, qui m’est venu pour Valentine.
Le 13. — « La Reine est une perfection de bonté. Dans cet hommage de reconnaissance, dans ces mots écrits en un livre, et, ce me semble, aussi sur votre trône, est un doux encouragement, un attrait d’espérance en Votre Majesté.
« Chaque Français a la sienne, et pour moi, Madame, ce serait d’obtenir quelques dons pour ma paroisse, pour notre église en dénûment.
« Mission de quêteuse m’a été donnée, en venant à Paris, et puis-je mieux la remplir qu’en manifestant nos besoins à qui les comprend tous ?
« En voyant vos riches cathédrales, le pompeux Saint-Roch où vous étiez, j’ai pensé tristement à notre pauvre petite église, et me suis promis de demander en son nom à notre pieuse reine.