« Cette inspiration venue de Dieu, sans doute, je la suis, je vous l’adresse, Madame, comme à une providence, comme à la protectrice de la foi et du culte religieux en France.
« Royale aumône serait pour nous de grand prix, et graverait en grains d’encens le nom de Votre Majesté dans l’église et dans le souvenir des paroissiens d’Andillac.
« C’est avec leur prière que je dépose à vos pieds les sentiments aussi de leur interprète, de celle qui a l’honneur d’être, Madame, de Votre Majesté, la très-respectueuse et fidèle, etc., etc. »
Le 16. — Émeute, sang, bruit de canons, bruit de mort. Nouvelle venue comme un coup de foudre dans notre désert et calme journée. Maurice, Caro, amis de Paris, je suis en peine, je vous vois sur le volcan. Mon Dieu ! Je viens d’écrire à Caro et commence un mot à M. d’Aurevilly, mon second frère en intérêt.
Le 18. — Point de lettre hier ni d’écriture ici. Je n’ai fait qu’attendre, attendre un mécompte. Triste fin d’une journée d’espérance, qui revient encore aujourd’hui ; rien ne peut l’éloigner du cœur, cette trompeuse.
Je vais lire : que lirai-je ? Le choix des livres, malaisé comme celui des hommes : peu de vrais et d’aimables.
Le 19. — Une lettre de Louise, pleine d’intérêt pour toi : rien que cœur, esprit, charme d’un bout à l’autre, façon de dire qui ne se dit nulle part que dans ces rochers de Rayssac. La solitude fait cela ; il y vient des idées qui ne ressemblent à rien du monde, inconnues, jolies comme des fleurs ou des mousses. Charmante Louise, que je l’aime ! Je la trouve cette fois d’un calme, d’un désabusé qui m’étonne, elle si illusionnée d’ordinaire. Je vais joindre l’autre Louise, qui ressemble tant à celle-ci, ne trouves-tu pas ? et qui prie aussi et fait prier pour ta guérison. « L’autre jour, m’écrit-elle (Louise de Rayssac), j’étais à la Platée, paroisse de ma tante ; je m’approchai d’une sainte fille qui habite cette église depuis le matin jusqu’au soir, et qui est en grande vénération de sainteté. Je soulevai un coin de son voile noir et lui dis bien bas : « Pardon, mademoiselle, je voudrais vous demander des prières pour un jeune homme malade, frère de la personne que j’aime le plus au monde. » — « Eh bien ! je prierai », me dit-elle, avec cet air de modestie qui donne encore plus de confiance à ma recommandation. — Je ne l’ai pas revue. »