« Combien je préfère à tous les objets aimables le souvenir que je garde de toi !… »
Hélas ! d’où donc avais-je tiré ces choses qui renfermaient une si cruelle vérité, il y a bien sept ou huit ans de date ? Ne dirait-on pas que notre âme entend de loin venir le malheur, tant ces pensées et d’autres que je trouve dans le passé se rapportent à ma perte, à ce cher Maurice. Mon Dieu !
C’est pour lui que j’ai fait ce triste inventaire, pour rendre à sa mémoire ce soin pieux dans ce qu’il m’a laissé. Jusqu’ici je n’avais mis à part que ses dernières lettres, et j’y veux mettre tout, comme une chose sainte.
Le 1er juillet. — Entendu la première cigale. Quel plaisir c’eût été de l’entendre à pareil jour, l’an dernier, avec Maurice à ma fenêtre ! Mais nous étions sur la route de Bordeaux dans la chaleur, la poussière et les angoisses.
L’inattendu et charmant billet de M. Sainte-Beuve ! cet auteur exquis dont je reçois l’écriture vivante. C’eût été bonheur autrefois, mais à présent tout porte amertume et tourne aux larmes. Il en est ainsi de ce billet et de tant d’autres choses que je dois à la mort de Maurice. Toutes mes relations, toute ma vie presque se rattachent à un cercueil.
Le 8. — Nous arrivions au Cayla à sept heures du soir, un an passé.
[Sans date.] — Depuis quelque temps, je néglige fort mon Journal ; je m’en étais déprise presque, je m’y reprends aujourd’hui, non pour rien d’intéressant à y mettre, mais par simple retour à une chose aimée ; car je l’aime, ce pauvre recueil, malgré mes délaissements. Il se rattache à une chaîne de joies, à un passé qui me tient trop au cœur pour ne pas tenir à ce qui en fait suite. Ces pages donc seront continuées. Je les laisse et je les reprends, ces chères écritures, comme les pulsations dans la poitrine, toujours, mais suspendues quelquefois par les oppressements.