Mais lorsque je reçois le baiser d’un enfant,
Il me semble qu’un lis s’est penché sur ma joue,
Que j’ai tout le visage embaumé d’innocence,
Que tout mon être enfin devient suave et pur.
Ineffable plaisir, céleste jouissance !
Que n’ai-je les baisers, enfant aux yeux d’azur ?
Le 8. — Ce n’est pas la peine de parler d’aujourd’hui : rien n’est venu, rien n’a bougé, rien ne s’est fait dans notre solitude. Mon petit oiseau seul sautillait dans sa cage en gazouillant au soleil ; je l’ai regardé souvent, n’ayant rien de plus joli à voir dans ma chambre. Je n’en suis pas sortie ; tout mon temps s’est passé à coudre un peu, à lire, puis à réfléchir. La belle chose que la pensée ! et quels plaisirs elle nous donne quand elle s’élève en haut ! C’est sa direction naturelle qu’elle reprend sitôt qu’elle est dégagée des objets terrestres. Entre le ciel et nous il y a une mystérieuse attraction : Dieu nous veut et nous voulons Dieu. — Je ne sais quel oiseau vole sur ma tête, je l’entends sans presque le voir, il est nuit. Ce n’est pas le temps des oiseaux nocturnes. Voilà qui me détourne et brouille le fil que je dévidais. Comme il faut peu ! Cette petite apparition me fait quitter ma chambre, non pas de peur ; je vais dire à Mimi de venir voir cet oiseau.
Le 9. — Qu’était-ce que cet oiseau d’hier au soir ? Il a disparu comme une vision dès que j’ai apporté la chandelle. On m’a ri au nez, disant que je l’avais vu dans ma tête. Cependant c’était bien de mes yeux que je l’avais vu ; je l’ai regardé plus de cinq minutes, et c’est le bruit qu’il faisait en volant qui me l’a fait apercevoir.