Et puis chaque matin gazouiller tout l’été.

Oh ! que c’est bien plus doux que de les voir en cages

Sans chants ni liberté !


Le 19. — Je ne sais jusqu’où ces oiseaux m’auraient menée, tant ils me donnent de souvenirs et tant je leur portais de tendresse. Me voici dans une joyeuse attente ; papa revient ce soir. Il me tarde : huit jours d’absence sont longs quand on a l’habitude de ne jamais se quitter. C’est de plus Saint-Joseph aujourd’hui, la fête de papa. Ce ne peut être qu’un beau jour. J’ai entendu la messe pour le fêter, voilà mon bouquet : les prières sont des fleurs divines.


Le 20. — Papa est arrivé frais, bien portant et charmé de l’accueil qu’on lui a fait chez ma cousine de La Gardelle. La soirée s’est passée à parler de cette bonne famille qui nous aime, des voisins qu’ils ont, de leur curé. La vie des curés de campagne est intéressante, et j’aime à me la faire dire. Enfin, des uns ou des autres, nous avons eu de quoi causer jusqu’après dix heures où chacun de nous va dormir pour l’ordinaire, sans avoir tout appris.

Je n’ai aucune envie d’écrire aujourd’hui, j’aime mieux coudre. L’aiguille me sied mieux que la plume, je la reprends. Nous avons eu au lever ce matin une lettre de Marie et un cahier de la Propagation de la foi, voilà pour le cœur et pour l’âme. Marie nous mande des amitiés ; les missionnaires, des conversions. Que ces hommes sont admirables, et que de grand cœur je leur donne mon sou par semaine ! Je voudrais te voir de cette association.


Le 21. — Je crois que c’est aujourd’hui le premier jour du printemps. Je ne m’en doutais pas ; au froid qu’il fait, à la bise qui siffle, on se croirait en janvier. Encore un peu de temps et la froidure s’en ira : patience, pauvre impatiente que je suis de voir des fleurs, un beau ciel, de respirer l’air tout embaumé du printemps ! Quand j’en serai là, j’aurai quelques jours de plus, quelques soucis peut-être, et voilà comme les jouissances arrivent. J’ai fait pourtant un beau réveil. Comme j’ouvrais l’œil, une lune charmante passait sur ma fenêtre et rayonnait dans mon lit, et rayonnait si bien que tout à coup j’ai cru que c’était une lampe suspendue à mon contrevent. C’était joli à voir et bien doux, cette blanche lumière. Aussi l’ai-je contemplée, admirée, regardée jusqu’à ce qu’elle se fût cachée derrière le contrevent, pour reparaître ensuite et se cacher comme un enfant qui joue à clignette.