Le 29. — J’ai commencé hier au soir ma lettre d’outre-mer que j’écris avec un inexprimable intérêt par les souvenirs qu’elle fait naître, par les dangers qu’elle va courir. Est-il possible qu’une feuille de papier lancée sur l’Océan arrive à son adresse, tombe juste sous les yeux de mon cousin dans son île ? Ce n’est pas croyable, à moins que quelque ange navigateur ne prenne ce papier sous son aile. Cette île de France est en effet au bout du monde. Pauvre Philibert, comme il est loin d’ici et qu’il est à plaindre, lui qui aime tant son pays, ses parents, son beau ciel d’Europe ! Je me souviens du dernier soir que nous avons passé ensemble, et comme il contemplait avec extase ces étoiles de son pays qui bientôt disparaîtraient pour lui ! Il regrettait surtout l’étoile polaire qu’on cesse de voir sous la ligne. Alors paraît la croix du Sud. La croix du Sud est bien belle, mais jamais, me disait-il, je ne l’ai tant regardée, ni toutes nos constellations d’Afrique, que cette petite étoile du Nord.

Étoiles du beau ciel de France,

Du beau pays de ma naissance,

Vous ne luirez plus à mes yeux

Par delà l’Océan immense,

Où je vais vivre malheureux,

Et, sans vous voir, voir d’autres cieux,

Étoiles du beau ciel de France !

Ce pauvre cousin me disait cela, ce me semble, et j’en avais le cœur gros. Que les exilés sont à plaindre ! Rien ne leur plaît dans cet éloignement du pays. Avec sa femme et ses enfants, Philibert est triste en Afrique ; en France, il serait heureux.