Le 5 [mai, à Gaillac]. — On ne parlait hier au soir que d’une jeune fille qui est morte au sortir du bal où elle avait passé la nuit. Pauvre âme de jeune fille, où es-tu ? J’ai trop d’occupations pour écouter mes pensées. Qu’elles rentrent.


Le 9. — Et moi aussi je sors d’une soirée dansante, la première que j’aie vue et où j’aie pris part ; mais mon cœur n’était pas en train, et s’en allait au repos. Aussi ai-je mal dansé, faute de goût et d’habitude. J’entendais rire à mes dépens, et cela ne m’amusait pas ; mais j’amusais les rieuses, ce qui revient au but de nous prêter au plaisir. Je l’ai fait de la meilleure volonté du monde ; mais cette complaisance m’ennuierait bientôt, comme tout ce qui se fait dans le monde où je me trouve étrangère. Sur un canapé, je pense à la pelouse ou au marronnier, ou à la garenne, où l’on est bien mieux.

« Oh ! laissez-moi mes rêveries,

Mes beaux vallons, mon ciel si pur,

Mes ruisseaux coulant aux prairies,

Mes bois, mes collines fleuries

Et mon fleuve aux ondes d’azur.

« Laissez ma vie, au bord de l’onde,

Comme elle, suivre son chemin,