Voilà le soir, la fin d’une journée bien longue, bien triste. Bonsoir ; tu peux presque m’entendre encore, tu n’es pas trop loin ; mais demain, après-demain, toujours plus loin, plus loin !


Le 27. — Où es-tu ce matin ? Après cet appel, je m’en vais d’ici, comme pour te chercher par-ci par-là, où nous étions ensemble.

Je n’ai fait que coudre et repasser ; peu lu, seulement le bon vieux saint François de Sales, au chapitre des amitiés. C’était bien le mien ; le cœur cherche toujours sa pâture. Moi, je vivrais d’aimer : soit père, frères, sœur, il me faut quelque chose.

Le dimanche, que dire quand le pasteur ne prêche pas ? C’est la manne de notre désert que cette parole du ciel, qui tombe douce et blanche, d’un goût simple et pur que j’aime. Je suis revenue à jeun d’Andillac, mais j’ai lu Bossuet, ces beaux sermons tout signetés de ta main. J’ai laissé ces papiers, souvent avec ma marque par-dessus. Ainsi, nous nous rencontrons partout comme les deux yeux ; ce que tu vois beau, je le vois beau ; le bon Dieu nous a fait une partie d’âme bien ressemblante à nous deux.


Le 28. — Te voilà sans doute parti de Toulouse ; tu roules, tu t’en vas, tu t’éloignes. Au moins que tu ne tousses pas en chemin, qu’il ne fasse pas froid, qu’il n’arrive pas d’accidents !!! « Que lui arrivera-t-il, ô mon Dieu ! je n’en sais rien ; tout ce que je sais, c’est qu’il n’arrivera rien que vous n’ayez réglé, prévu et ordonné de toute éternité. Cela me suffit, mon Dieu, cela me suffit. J’adore vos desseins éternels et impénétrables, je m’y soumets de tout mon cœur, pour l’amour de vous. Je veux tout, j’accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout et j’unis ce sacrifice à celui de Jésus-Christ mon Sauveur. Je vous demande en son nom la parfaite soumission pour tout ce que vous voulez et permettez qu’il arrive. Que la très-juste, très-élevée et très-aimable volonté de Dieu soit accomplie en toute chose. » Prière de Madame Élisabeth, dans la tour du Temple, dite bien souvent par moi dans la chambrette.

Je vais écrire à nos cousines Saint-Hilaire, puis nous irons à Cahuzac, avec Mimi, voir Françon qui est bien malade.


Le 29. — Le tonnerre, la grêle, un jour d’automne ce matin ; un temps d’été à présent, le soleil est chaud et lourd. Quelle variation dans le ciel et dans toutes choses ! Tout était glace, il y a quinze jours, et tu étais ici : ce n’est pas le froid que je regrette. Oh ! ce vent du nord qui sifflait me faisait un plaisir ! Je le bénissais chaque fois que je passais en grelottant à la salle. Cependant il te fallait partir, j’y consentais pour celle qui t’attendait à Paris, il faut savoir se séparer en ce monde. Que ne puis-je savoir où tu es, quel point tu touches, quel chemin tu fais, pour te joindre, t’embrasser ! Que n’ai-je le bras assez long pour atteindre tous ceux que j’aime ! Je conçois que Dieu, qui est amour, soit partout.