«Une nation en révolution est comme l'airain qui bout et se régénère dans le creuset. La statue de la liberté n'est pas fondue. Ce métal bouillonne. Si vous n'en surveillez le fourneau, vous serez tous brûlés.»

«Quoi! vous avez une nation entière pour levier, la raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore bouleversé le monde.»

Il dit à Dumouriez, aux Jacobins: «Que la pique du peuple brise le sceptre des rois, et que les couronnes tombent devant ce bonnet rouge dont la société vous a honoré.»

La pique populaire, que chacun voit ou tient, joue chez Danton le rôle du glaive classique: «Rappelons-nous que, si c'est avec la pique que l'on renverse, c'est avec le compas de la raison et du génie qu'on peut élever et consolider l'édifice de la société.»

Plusieurs de ces métaphores sont devenues proverbes, comme cette autre, à propos de l'éducation nationale:

«C'est dans les écoles nationales que l'enfant doit sucer le lait républicain.» Mais, à force d'éviter le banal, Danton tombe une ou deux fois dans le bizarre: «Je me suis retranché dans la citadelle de la raison; j'en sortirai avec le canon de la vérité, et je pulvériserai les scélérats qui ont voulu m'accuser.» Ce canon de la vérité est une image fausse qui plut aux contemporains, mais dont le goût de quelques critiques est justement choqué. Toutefois, parmi tant de métaphores heureusement créées, je ne vois que celle-là, et la tête de roi jetée comme un gant, qui ne satisfasse pas l'imagination. On les pardonnera d'autant plus aisément à Danton, qu'il improvisait son style.

Parfois il s'élève et divinise deux des sentiments populaires. D'abord il montre la Patrie en face des émigrés: «Que leur dit la Patrie? Malheureux! vous m'avez abandonnée au moment du danger; je vous repousse de mon sein. Ne revenez plus sur mon territoire: je deviendrais un gouffre pour vous.» Il personnifie aussi la liberté: «S'il est vrai que la liberté soit descendue du ciel, elle viendra nous aider à exterminer tous nos ennemis.» «Oui, les clairons de la guerre sonneront; oui, l'ange exterminateur de la liberté fera tomber ces satellites du despotisme.» «(La guerre) renversera ce ministère stupide qui a cru que les talents de l'ancien régime pouvaient étouffer le génie de la liberté qui plane sur la France.» «Citoyens, c'est le génie de la liberté qui a lancé le char de la Révolution.»

La Liberté et la Patrie, voilà tout l'Olympe métaphorique de Danton.

D'autres métaphores, mais plus rares, montrent que ce prétendu barbare n'est pas insensible à la beauté de la Révolution considérée en elle- même et comme un spectacle. Il aime à la comparer à une tragédie, et, bafouant le bicamérisme, il dit avec esprit: «Il y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action, et la pièce restera.» Et plus tard, à propos de la pièce de Laya, l'Ami des Lois: «Il s'agit de la tragédie que vous devez donner aux nations; il s'agit de faire tomber sous la hache des lois la tête d'un tyran, et non de misérables comédies.»

Danton pouvait dire, dans sa réponse à l'imprécation d'Isnard contre
Paris: «Je me connais aussi, moi, en figures oratoires.»