Les rapports enthousiastes de Fr. Arago firent décerner des récompenses nationales à Daguerre, l’inventeur de la photographie, à Vicat, l’inventeur des ciments hydrauliques artificiels, et à d’autres encore. Il fit voter l’impression des œuvres de Laplace et de celles de Fermat par la Chambre des députés. Il est l’auteur du rapport concernant l’acquisition du musée de Cluny par l’État. Les projets de travaux pour rendre la Seine navigable dans Paris, l’établissement des chemins de fer, furent de sa part l’objet d’études éminemment utiles au pays.
Qui donc n’a pas admiré ses magnifiques lettres sur les fortifications de Paris ? Sans lui le puits de Grenelle, qui dote une partie de Paris d’eau chaude, n’eût pas été creusé ; c’est lui qui arracha pièce à pièce les crédits nécessaires. Personne ne croyait plus que l’on arriverait à un résultat, Arago seul prédisait le moment où l’eau jaillirait. L’eau jaillit.
Avant même de se déclarer républicain à la Chambre des députés, Arago avait tout fait pour qu’on le rangeât parmi les démocrates. Il était démocrate, en effet, dans la science comme dans la politique, par la même raison et de la même manière. Il voulait que la science fût maniable à tous ; il s’efforçait d’en ouvrir au moins les avenues à toutes les intelligences. La pensée qui fit substituer la publicité des comptes rendus au huis clos dans lequel l’Académie des sciences se renfermait vient d’Arago. Il trouva chez ses confrères de fortes oppositions ; sa persistance en triompha.
Ses sentiments politiques irritèrent le pouvoir. Après la publication des lettres sur les forts détachés, M. Duchâtel, alors ministre du commerce, raya le nom d’Arago de la liste des membres du jury pour les produits de l’industrie. Ce misérable ostracisme tourna à la confusion du ministre ; car, peu de jours après, le président du jury qu’aurait dû présider M. Arago écrivit au savant éliminé les lignes suivantes :
« Mon cher ami,
« Vous le voyez, nous avons besoin de vos lumières. Nous ne pouvons prononcer sans vous sur le mérite des chronomètres et des lunettes. Ayez donc la bonté, je vous prie, de nous donner les renseignements qui nous sont nécessaires. Le jury s’en rapportera à votre déclaration. C’est vous qui serez juge, vous seul pouvez l’être.
Tout à vous,
« THÉNARD. »
Ce savant français qu’un ministre de France poursuivait de ses rancunes fit vers la même époque une excursion scientifique en Angleterre ; et comme honorés de sa visite, les habitants de Glascow et d’Édimbourg le nommèrent citoyen de ces deux cités.
III
La révolution de 1848 arrive à son tour, et Arago, qui s’était proclamé républicain au sein même de la Chambre des députés, sous le règne de Louis-Philippe, est porté au gouvernement provisoire et au double ministère de la marine et de la guerre. Son nom fut une promesse pour tous, une sorte d’arc-en-ciel après l’orage. Les ouvriers s’écrièrent : « En voilà un qui aime le peuple ! » Ceux qui craignaient la république furent rassurés. Arago, déjà atteint de la maladie qui l’a conduit au tombeau, retrouve de nouvelles forces pour servir la patrie. Il se charge du fardeau d’un double ministère, celui de la guerre et celui de la marine.
La marine ne prononcera son nom qu’avec vénération. Arago avait déjà fait beaucoup pour elle. Il avait, avec Fresnel, inventé ce mode d’éclairage des phares qui est adopté partout et qui a sauvé la vie à tant de navigateurs. Son court passage au ministère de la marine est marqué par trois grandes mesures : il a aboli l’esclavage, supprimé le supplice de la garcette, et amélioré la nourriture du marin. La république était pour lui l’état social des peuples majeurs.
Le vice-amiral Baudin a dit sur la tombe d’Arago, après avoir apprécié les services rendus par le savant ministre :