Ja[32] estes vielz e fluris e blancs;

Par tels paroles vus ressemblez enfant.

Asez savez le grant orgoill Rollant.

Ço est merveille que Deus le soefret tant!

Pur un sul levre vat tute jur sunant;

Devant ses pers ore vait il gabant.

Car chevalcez, pur qu'alez arrestant?

(St. 132.)

[32] L'a s'élide. Le vers n'est que de quatre pieds.

«Le comte Roland, avec peine, fatigue et grand'douleur, sonne son cor d'ivoire. Le sang clair lui en sort parmi la bouche, et la tempe de son cerveau s'en éclate. Le son du cor porte bien loin[33]! Charles l'entend qui passe à cette heure les portes des défilés; le duc Naimes aussi. Les Français l'écoutent, et le roi dit: J'entends le cor de Roland! Il n'en sonne jamais que pendant le combat. Ganes répond: Il n'est pas question de combat. Vous êtes déjà vieux, blanc et fleuri; vous parlez comme un enfant. Vous connaissez, de reste, l'orgueil démesuré de Roland. C'est merveille que Dieu le souffre si longtemps! Pour un seul lièvre il va corner tout un jour. A cette heure il s'amuse avec ses pairs. Chevauchez toujours. Pourquoi vous arrêtez-vous?»