—«Il se misent au fuir sans plus attendre, et s'esparsent, li uns cha et li autres la, ausi come les aloes font por les espreviers.» (Villehardouin, p. 182.)

Par cette règle, poëte, poésie ont dû sonner pouëte, pouésie. C'est effectivement comme on les prononçait au XVIe siècle, Marguerite de Navarre écrit toujours poète avec un u. Dans une lettre à M. de Montmorency pour lui recommander Marot:

—«Il me semble que Nostre Seigneur faict tant de grâces au roy et à ses serviteurs, que jamais ne feut plus besoin de favoriser aux pouhetes que maintenant[49].» (Lettres inédites, I, p. 304.)

[49] Remarquez en passant ce latinisme, favoriser aux poëtes. On disait de même prier à Dieusupplier à DieuJe luy supplie.

Le nom de M. de Rohan, dans ces lettres, est toujours figuré Rouhan. Les anciens traités avertissaient encore de cette prononciation, et recommandaient aussi de dire pouëtes et pouésie.

Nous n'avons pas conservé l'u dans poëte, mais nous le faisons toujours entendre dans moelle; nous l'écrivons et le prononçons dans loue, boue, roue, et nous le prononçons sans l'écrire dans roi, bois, loin, foin, coin. C'est la confusion des systèmes.

La famille de Croï s'appelle de Crouï; les de Moy sont de Mouhy. Héloïse écrivait son nom Heloys; c'était Hélouis devant une consonne; devant une voyelle, Hélouise au corps gent. C'est le même nom que Louise.

Ce nom de Louise me rappelle une historiette de Racan. Elle nous apprend qui a porté le dernier coup à la règle du moyen âge, qu'une tradition incomprise faisait encore observer au commencement du XVIIe siècle.

Un jour, dit Racan, Henri IV, qui traitait Malherbe avec une grande bienveillance, lui montra une lettre écrite par le Dauphin, qui fut depuis Louis XIII. C'est bien, dit Malherbe; mais monseigneur le Dauphin ne s'appelle-t-il pas Louis?—Assurément, dit Henri IV.—Pourquoi donc le fait-on signer Loys? La censure de celui qu'on appelait le vieux tyran des syllabes parut juste; la signature du Dauphin fut réformée, et c'est depuis ce temps que les princes du nom de Loys signent, avec un u, Louis.

Henri IV s'est trop hâté de déférer à l'observation de Malherbe; car cette observation, spécieuse pour un ignorant, est radicalement fausse. Malherbe aurait pu exiger aussi, pour être conséquent, qu'on écrivît de louin, du fouin, la rivière de Louing, trouois, mouoi, le rouoi, la louoi, rouayal, etc., etc.; car c'est ainsi qu'on prononce, et non pas la loâ, le roâ, troâ.