L'autorité de Malherbe n'a donc servi en cette occasion qu'à introduire une inconséquence.
U.
«L'u, dit M. Ampère, avait au moyen âge le son peu mélodieux qu'il a de nos jours; sans cela, on n'aurait pas eu besoin d'imaginer la diphthongue pour remplacer l'u latin dans ubi, où, et dans multum, moult.» (Hist. de la Litt. fr. au moyen âge, p. 305.)
Je prendrai la liberté de contredire ici M. Ampère. La première valeur de cette lettre u fut le son ou, comme en latin.
La diphthongue ou fut si peu inventée pour réduire l'u de ubi ou de multum, que, dans les plus anciens textes, on trouve partout u pour où (ubi), et pour ou marquant l'alternative. Moult s'est écrit d'abord mult, multeplier, qui sonnaient mou, mouteplier. Amur, securs, n'ont jamais été à l'oreille qu'amour, secours. Le plus ancien monument de la langue française, la version du livre des Rois, en fournit la preuve à chaque ligne:
—«Respundirent ces de Jabes: Dune nus respit set jurs; manderum nostre estre a tuz ces de Israel. Si poum aveir rescusse, nus l'atenderum; si nun, nus nus rendrum.» (P. 36.)
Prononcez:—«Répondirent ceux de Jabès: Doune nous répit sept jours; (nous) manderouns notre être (notre position) à tous ceux d'Israël. Si (nous) pou(v)ouns aveïr récousse, nous l'atenderouns; si noun, nous nous rendrouns.»
—«Li message vindrent en Gabaath, u li reis Saul maneit.» (Ibid., 36.)
«Les messagers vinrent en Gabaath, où demeurait le roi Saül.»
On pourrait affirmer que la notation actuelle ou fut aussi introduite de très-bonne heure, si les manuscrits de Villehardouin étaient du XIIe siècle, car on y lit déjà moult; mais la copie en est plus récente.