Tant que l'enfant de Bethabée a vécu, j'espérais, dit David, que Dieu le guérirait; c'est pourquoi je jeûnais et pleurais:—«Tant cume li enfes vesquid, jo esperoué que Deu le guaresist, e pur ço jeunowe e pluroué.» (Ibid., p. 161.)
La raison alléguée par l'ancienne Académie pour repousser l'orthographe de Voltaire, c'est que oi était aussi propre que ai pour noter la finale de l'imparfait de l'indicatif. Ils posaient en principe cette erreur, qu'on avait toujours prononcé cet imparfait comme on fait aujourd'hui.
Voltaire ignorait que la prononciation eût changé considérablement; mais, pour noter ce qu'il entendait, il prenait dans l'orthographe contemporaine la notation à son avis correspondante au son, et il ne se trompait pas. On a de tout temps écrit grammaire, palais, le Maine, retrait, mais, jamais, si ce n'est en Normandie, où ce son était figuré par ei: Engleis, Franceis, pleidier, etc.
Ainsi, d'Olivet, d'Alembert, l'Académie, M. Nodier, et tous les adversaires de Voltaire sur cette question, commettaient une erreur double:
1o Ils attribuaient à la notation oi une valeur qu'elle n'a jamais eue;
2o Ils refusaient à la notation ai la valeur qui lui a toujours été propre depuis que notre langue possède des diphthongues; sans compter l'erreur d'attribuer à Voltaire ce qui ne lui appartenait pas. Puisque, selon eux, oi équivalait si pleinement à ai, que n'écrivaient-ils la province du Moine, un palois, la grammoire, le verbe foire, etc.? Pourquoi deux notations diverses du même son?
L'orthographe dite de Voltaire avait été proposée, en 1675, par un avocat du Parlement de Rouen, nommé Bérain. Après des combats opiniâtres, elle a fini par triompher en 1835: l'Académie française, dans sa nouvelle édition de son dictionnaire, adopte enfin l'orthographe de Voltaire. Dieu soit loué! Il a fallu cent soixante ans pour en arriver là! Encore ni lui, ni elle, peut-être, n'ont-ils jamais bien su combien cette mesure était au fond raisonnable et juste.
Voltaire écrivait et voulait qu'on écrivît fesant, bienfesant, et il avait raison: la forme la plus ancienne n'est pas faire, mais fere. Cela est attesté non-seulement par les manuscrits, mais encore par ces formes, je ferais, je ferai, et par le prétérit je féis, contracté maintenant en je fis. Il est impossible de tirer je fis de la forme faire.
Le livre des Rois écrit toujours, en contractant, je frai, tu fras, qui ne peuvent venir que de fere.