Pourquoi écrivons-nous, en effet, je prendrai avec contraction, et je ferai sans contracter?

Théodore de Bèze est contre fesant, parce qu'il pose en principe que l'infinitif est faire, et ne veut pas qu'on change le spondée en ïambe. Ménage est pour; et sa raison est encore meilleure que celle de Bèze: c'est que le peuple parisien prononce fesant: «Il faut donc dire fesant

Le hasard a voulu que Ménage tirât ici d'une règle fausse une conséquence juste. La prononciation populaire est une induction qu'il faut vérifier, mais non pas une autorité absolue. Il est également indigne d'un esprit critique d'admettre ou de rejeter par cette seule considération: Le peuple dit ainsi. C'est pourtant la manière habituelle de procéder de Ménage: il se détermine en faveur de nentilles et castonade, contre lentilles et cassonade, parce que la première prononciation est celle du peuple de Paris.


Enfin le troisième point de la réforme proposée par Voltaire porte sur les pluriels en ants ou ents, d'où Voltaire retranche le t.

J'ai fait voir (p. [77-81]) combien cette suppression était logique et conforme à l'usage primitif. Je ne reproduirai pas ici mon argument, mais je citerai celui d'un élève de M. Nodier, par conséquent violent antagoniste de Voltaire. L'école de M. Nodier reproche à Voltaire d'avoir corrompu l'ancienne orthographe; c'est là le grand crime, l'accusation terrible! On ne manque pas de la mettre en avant au sujet des pluriels dépouillés de leur t.

«De sorte que si une dame leur écrit qu'elle a des enfans charmans, ces étrangers, moins sots que les grammairiens de l'école de Voltaire, répondront à cette dame qu'elle est aussi charmane que ses enfans sont charmans

(Rem. sur la Lang. franç., I, 454.)

Ce raisonnement a droit de surprendre dans la bouche d'un élève de l'École des chartres, car il s'en suivrait rigoureusement que tous ceux qui ont écrit depuis l'origine de la langue jusqu'à la fin du XVe siècle, sont des sots de l'école de Voltaire. En effet, pas un ne met le t au pluriel, mais tous le changent en s: une caractéristique remplace l'autre.

Prenons une phrase des Cent Nouvelles:—«Advint, certaine espace après, que, par le conseil de plusieurs de ses parens, amis et bienvueillans, monseigneur se maria.»