Cette notation des AOI est donc d'un grand prix: elle confirme l'usage mentionné dans le roman de Rou; elle révèle aussi l'âge reculé de la copie d'Oxford, qui doit être de très-peu postérieure à la conquête, c'est-à-dire, de la fin du XIe siècle ou du commencement du XIIe. Je ne voudrais pas pousser trop loin ces conjectures; mais cependant il est certain que le texte de cette chanson, tel que l'a imprimé M. Francisque Michel, offre tous les caractères d'une rédaction qui n'est pas encore définitivement arrêtée. On y rencontre le même couplet refait trois, quatre et jusqu'à cinq fois de suite. L'auteur, évidemment, essayait des rimes différentes, pour choisir la plus favorable au développement de sa pensée et à l'addition de nouveaux détails. Par exemple, le couplet où Olivier monte sur un pin pour voir les Sarrasins venir, est refait deux fois: la première, il est établi sur la rime en u; la seconde, sur la rime en é. Le couplet qui vient ensuite, où Olivier demande à Roland de sonner de son cor, offre trois rédactions différentes. La première rime en o:
Cumpains Rollans, car sunez vostre corn…
Puis, l'auteur a cru mieux réussir avec la rime en é:
Cumpainz Rollant, l'olifan car sunez…
Puis, n'étant pas encore satisfait sans doute, il essaye de la rime en an:
Cumpainz Rollant, sunez vostre olifan.
(St. 81, 82, 83.)
Le même travail se reconnaît à chaque page. Quoi donc! le temps aurait-il épargné le manuscrit original, le brouillon du poëte normand? Se serait-il amusé à nous en faire cadeau à notre insu? Le fait vaudrait la peine d'être vérifié. Il serait maintenant du plus haut intérêt de posséder un texte authentique de la rédaction définitive de ce curieux monument, le seul que je sache vraiment digne du titre d'épopée, si prodigué depuis quelques années.
Nous ne quitterons pas ce mot AOI sans faire observer qu'il existait dans la langue commune. On en retrouve des exemples: le comte de Forest, le perfide Lisiart, offre devant le roi de gager qu'il possédera la belle Euriaut, la bien-aimée de Gérard de Nevers:
Avoi, sire, che dist Gerars,