Prononcez comme Laurain, comme dans Hohenlohe, l'au si long qu'il compte pour deux syllabes. C'est encore la prononciation actuelle en Lorraine.
Quant à l'h aspirée au commencement des mots, je crois qu'elle était inconnue, au moins pour les mots dérivés du latin. Aujourd'hui même, elle n'y tient qu'un emploi commémoratif: honnête, habile, homme, honneur, humble, habitude, héritier, etc., etc., se passeraient parfaitement de l'h initiale; la prononciation n'y perdrait rien. Elle a été transportée chez nous par imitation; et cette imitation aveugle l'a même attachée à des mots où elle est tout à fait intruse: huile, d'oleum;—hermite, d'eremita;—haut, de altus;—huit, d'octo, etc.
La valeur d'aspiration s'est aussi fixée au hasard. Pourquoi aspire-t-on l'h dans héros, et pas dans héroïque ni dans héroïne[15]? Pourquoi dans huit et pas dans dix-huit? Le Livre des Rois écrit partout uit, dise uit, comme nous prononçons encore aujourd'hui:
[15] Vaugelas donne pour motif le danger de confondre les héros avec les zéros et les hérauts d'armes. Ménage n'approuve que la moitié de cette excuse.
—«Uit ans out Josias quant il cumenchad a regner.» (Rois, IV, p. 422.)
—«Dise uit anz out Joachim quant il cumenchad a regner.» (P. 432.)
La chanson de Roland met oidme pour huitième. Benoît de Sainte-More, uitme:
En l'uitme, si cum nos lisum,
Le jor de s'expiation.
(Chron. des ducs de Normandie, v. 7022.)