Dou siecle puant et orrible

M'estuet commencer une Bible

Por poindre et por aguillonner,

Et por grant essample monstrer.

On a écrit lexive, de lixivium; on écrit encore soixante, de sexaginta, et l'on a toujours prononcé lessive et soissante. Ceux qui prononcent Bruqueselles devraient prononcer pareillement soiquessante.

A la fin du XVIe siècle, l'x se prononçait encore comme ss. On disait une massime, Alessandre; c'est Henri Estienne qui l'atteste. A la vérité, il cite cette prononciation pour s'en moquer, preuve que l'autre était dès lors assez répandue. Henri Estienne blâme la première, parce que c'est la prononciation italienne, et qu'il la croit introduite depuis peu par les mignons d'Henri III. Il ignore que c'est la valeur ancienne de l'x; il s'imagine que l'x est banni par cette prononciation, et remplacé par la double s. Au reste, voici comment s'exprime au sujet de cet x M. Philausone; je conserve l'orthographe étrange d'Henri Estienne:

«Philausone.—Je pense bien que quant au mot latin vexare, si un Italien qui entendret le francés en voulet user, l'accommodant à son langage, autant qu'il auroit l'honnesteté en recommandation, autant seret il soigneux de lui garder sa lettre x

Philalèthe demande naïvement pourquoi.—«Pour ce, répond l'autre, qu'il tomberet en un equivoque fort deshonneste au langage francés.»

(Du langage français italianisé, p. 571.)

Henri Estienne s'imagine que c'est là un argument d'une grande portée. Cela ne prouve rien du tout, sinon qu'alors le mot vexer n'était pas encore fait, et que quand on l'a créé, l'equivoque deshonneste n'était plus à craindre, parce que la tradition de la véritable valeur de l'x, perdue dans beaucoup de mots, permettait de prononcer vexer comme on prononce aujourd'hui maxime et Alexandre.