Qui m’ont repris se j’ai dit mot d’Artois,
Car je ne fus pas norriz a Pontoise[85].»
Voilà le passage fondamental, unique, dont on argumente pour prouver l’emploi des dialectes dans la littérature.
Il est facile de répondre à M. Guessard.
Observez d’abord qu’il s’agit ici d’une pièce récitée, et non de vers écrits. La distinction est essentielle.
Que le premier venu, en lisant ce couplet, comprenne qu’il est question des mots, c’est une erreur excusable: il est étranger à ces études, et habitué à la précision de notre langue moderne. Mais que M. Guessard s’y trompe, c’est ce que je ne saurais expliquer, s’il n’était bien connu que la passion fait arme et ressource de tout. Lorsque Quenes de Béthune dit qu’on a raillé sa parole, son langage, il entend sa prononciation, son accent picard. Au douzième siècle, ces mots accent, prononciation, n’étaient point encore dans la langue; il fallait, pour en rendre la pensée, se servir d’équivalents approximatifs. J’ai dit mot d’Artois signifie: j’ai parlé à la mode du pays d’Artois; cette dernière expression représente exactement l’équivoque de l’autre: j’ai parlé, s’agit-il des mots que vous avez employés, ou de votre manière de les prononcer?
Ces deux vers, où les mots soulignés par M. Guessard semblent renfermer ma condamnation,
Encor ne soit ma parole françoise,
Si la puet on bien entendre en françois,
signifient, selon M. Guessard: Encore que je parle picard, les Français peuvent bien me comprendre.