«Voilà comment ce fort Samson fait fléchir les clefs de voûte. Je le prie de recevoir mes remercîments: un principe fondamental, qui pour moi n’était pas douteux, mais qui peut-être pouvait le sembler à d’autres, croyant le renverser, il m’a fourni l’occasion d’y revenir, et de le mettre, j’espère, au-dessus de toute contestation.
«De toutes les prétentions, la plus folle serait celle de plaire à tout le monde. Je ne vise pas si haut: je me contente de l’assentiment des meilleurs juges, principibus placuisse viris. S’agit-il de l’érudition? Quels noms plus imposants que ceux de MM. Victor le Clerc, Naudet, Littré, Augustin Thierry? Parlez-vous de cet heureux instinct, de ce génie de la langue qui éclate si vivement dans la Fontaine et dans Molière? Où le trouver plus complet et plus profond que dans notre Béranger? Quels plus illustres suffrages serait-il possible d’ambitionner? Et quand on les a réunis, est-on bien à plaindre d’avoir manqué celui de M. Guessard?
Et qu’importe à mes vers que Perrault les admire?»
Telle fut en abrégé ma réponse au premier article de M. Guessard; voici maintenant ma réponse au second:
Le procès continue sur la geminata consonans de Th. de Bèze. Je suis obligé de défendre jusqu’au bout ma traduction, puisque M. Guessard fait dépendre de ce mot l’estime de tout mon ouvrage, et que j’ai accepté son défi. Au surplus, je vous dirai, en passant, que M. Guessard n’a pas son pareil pour trouver de ces alternatives. Son esprit net et concis aime à réduire toutes les questions à deux termes. Vous en verrez plus d’un exemple dans cette réponse. J’avais, dans la première, cru tirer autorité de quelques suffrages imposants, tels que ceux de MM. Augustin Thierry, Victor le Clerc, Naudet, Littré, Béranger; mais me voilà bien loin de compte! M. Guessard exige, pour se rendre, «un arrêt en bonne forme,» signé de ces messieurs; il dresse, le plus sérieusement du monde, un formulaire en trois articles, dont le dernier doit attester «qu’une seule des assertions de mon livre est restée debout, après l’examen que M. Guessard en a fait.» J’irai présenter ce formulaire à la signature des illustres juges par moi invoqués; et si je ne le rapporte à M. Guessard, revêtu de toutes les formalités authentiques, je suis déclaré vaincu aux yeux du monde savant (page 362).
M. Guessard a bonne opinion des effets de sa dialectique; mais on ne voit pas où il prend le droit d’exiger des certificats de ses erreurs. S’il n’y veut pas croire à moins, d’autres ne seront pas si difficiles. Ne nous dérangeons pas, et ne dérangeons personne, pour si peu.
Geminata consonans, voilà donc la grande énigme. Est-ce, au sens le plus large, deux consonnes consécutives? ou bien, dans un sens beaucoup plus restreint, la même consonne redoublée? Je défends la première interprétation, qui contient la seconde, puisque les consonnes redoublées sont consécutives; M. Guessard soutient la seconde, qui exclut la première. L’un de nous fait un contre-sens, mais lequel des deux?
Avant tout, je dois reconnaître à M. Guessard un merveilleux talent pour embrouiller les questions les plus nettes, dissimuler les parties d’un texte qui lui nuisent, et mettre en relief, au contraire, celles qui paraissent le servir. Au nom de la logique, il assemble d’épais nuages; et puis, quand tout est noir partout, quand on n’y voit plus goutte, il s’écrie, du ton le plus naturel et le plus persuadé: Est-ce clair?... Est-ce encore clair?... Le pauvre lecteur serait bien tenté de lui répondre: Ma foi, non! Mais tant d’assurance intimide; on se dit: Apparemment que c’est bien clair pour les gens au fait de la matière. Allons, accordons-lui ce point, et suivons. On avance, et il vous conduit de l’analogie dans l’amphibologie, de l’amphibologie dans la battologie, de la battologie dans la tautologie et la macrologie: de la macrologie à la périssologie il n’y a qu’un pas; la périssologie mène infailliblement à l’acyrologie, qui produit la cacologie, d’où vous tombez dans la céphalalgie, et de la céphalalgie dans un profond sommeil, pendant lequel M. Guessard chante victoire tout à son aise!
Voyons toutefois qui sera le plus habile, lui à condenser le brouillard, ou moi à le dissiper.
J’ai aussi la prétention de m’appuyer sur la logique pour déterminer le sens de l’expression geminata consonans. Le passage où elle se trouve est complété, éclairci jusqu’à l’évidence par un autre passage voisin du premier. Il paraît que M. Guessard n’avait pas aperçu ce second passage. Je le lui ai mis sous les yeux dans ma réponse, et pour cette fois j’ose affirmer qu’il l’a très-bien vu et en a compris la portée; car sa réplique n’en souffle mot. Il bat la campagne à côté. Puisque cette partie de mon argumentation l’embarrasse, je vais la reprendre.